« Sorry We Missed You »: Ken Loach s'en va-t-en guerre contre l'emploi précaire

UBERISATION Pas facile, la vie de chauffeur-livreur dans « Sorry We Missed You », le nouveau Ken Loach en salle ce mercredi

Caroline Vié

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Kris Hitchen dans «Sorry We Missed You» de Ken Loach
Kris Hitchen dans «Sorry We Missed You» de Ken Loach — Le Pacte
  • Dans « Sorry We Missed You » un chauffeur-livreur se fait broyer par son travail.
  • Ken Loach dénonce l'ubérisation de la société avec son efficacité habituelle.
  • Le cinéaste britannique décrit les épreuves de gens ordinaires tentant simplement d’assurer l’avenir de leurs enfants.

L’ubérisation de la société est dans la ligne de mire de Ken Loach pour Sorry We Missed You, présenté au Festival de Cannes en mai dernier. « Je n’irai pas jusqu’à dire que mon héros est un esclave des temps moderne, déclare le cinéaste à 20 Minutes, mais il est évident que son travail le détruit à petit feu. »

Le héros du film, incarné par Kris Hitchen, pense avoir trouvé la meilleure façon d’assurer un avenir radieux à sa femme et à ses deux enfants en devenant chauffeur-livreur à son compte pour une plate-forme numérique. Il ne se doute évidemment pas qu’il vient de mettre les roues de sa camionnette dans un engrenage infernal. « Je jure de n’avoir en rien exagéré ce que je montre dans le film », insiste le cinéaste.

L’enfer à portée de clefs de contact

Après avoir remporté la Palme d’or en 2016 avec le chômeur de Moi, Daniel Blake, Ken Loach décrit le calvaire d’un travailleur courageux. « Quand il se rend compte qu’il s’est fait avoir, il est endetté jusqu’au cou et ne peut plus s’en sortir, décrit Ken Loach. Les tournées de livraison qu’on lui impose sont de plus en plus dures. » Dans ce boulot précaire, tout se paye comptant, y compris les arrêts maladies ou les congés qu’on doit poser pour de graves raisons familiales.

Bourreaux et victimes du système

« Entre des clients peu compréhensifs et un contremaître à la fois victime et bourreau du système, l’employé ne peut jamais être gagnant », précise Ken Loach. Englouti par un emploi du temps impraticable, l’homme en vient même à négliger la famille pour laquelle il s’est lancé dans l’aventure. Sa femme, qui a dû vendre sa voiture pour financer sa camionnette, s’épuise dans les transports en commun pour accomplir sa besogne d’aide-soignante à domicile. Leur fils sombre doucement dans la délinquance.

Dommages collatéraux

Le spectateur est poigné par les épreuves que subissent de braves gens ordinaires qui finissent broyés alors qu’ils ne cherchent qu’à assurer leur subsistance et l’avenir de leurs enfants. « J’aimerais voir davantage de solidarité dans notre société, soupire Ken Loach, mais je ne me fais pas d’illusion : l’ubérisation a encore de beaux jours devant elle. » On ne regarde plus les livreurs du même œil après avoir vu Sorry We Missed You qui donne envie de retourner dans des magasins de quartiers plutôt que de passer commande sur Internet.