Frances McDormand: « Je refuse les autographes et les selfies mais je suis prête à parler aux gens »

FESTIVAL LUMIERE L'actrice de « Fargo » et de « 3 Billboards » a enchanté le public du Festival Lumière en évoquant sa carrière et son engagement féministe, ce lundi à Lyon

Caroline Vié

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Frances McDormand et le journaliste Didier Allouch au Festival Lumière
Frances McDormand et le journaliste Didier Allouch au Festival Lumière — C.Vié
  • Frances McDormand a été oscarisée pour « Fargo » et « 3 Billboards ».
  • La comédienne a beaucoup tourné avec les frères Coen.
  • En marge de sa carrière d’actrice, elle s’engage aussi pour la parité à Hollywood.

Frances Mc Dormand est très claire : elle n’aime pas tirer la couverture à elle et refuse de faire la promotion de ses films comme de répondre à la presse. Pourtant quand la comédienne, oscarisée pour Fargo en 1997 et 3 Billboards se décide à parler, on ne l’arrête plus !

Pendant deux heures, elle a ébloui le public du Festival Lumière, à Lyon, au cours d’une conversation sur sa carrière et sur son engagement féministe. « Le combat sera gagné quand nous n’aurons plus à être féministe parce que la parité sera une évidence ! clame-t-elle. A 62 ans, je n’ai pas fini de me bagarrer sur ce sujet. »

De retour sur les écrans

Elle a été rare sur les écrans pendant quelques années, le temps d’élever son fils. Et puis elle est revenue en force avec la mini-série Olive Kitterridge (2014), qui lui a valu un Golden Globe. Elle y incarnait une institutrice faussement froide. « Ce format de quatre heures était idéal car on ne peut pas raconter l’histoire d’une femme en quatre-vingt-dix minutes, explique-t-elle. Nous sommes trop complexes pour cela. Un film comme Thelma et Louise n’a pu y parvenir que parce que le scénario aurait pu être joué par deux hommes, comme tous les films de potes. » Si Frances McDormand tient à voir les femmes s’exprimer, elle ne s’interdit rien. « Quand un personnage m’intéresse, je voudrais pouvoir l’incarner. Qu’il soit un homme ou une femme m’importe peu. »

Mariée à un « vieux réalisateur blanc »

Frances McDormand connaît bien le monde des hommes de cinéma. « Je vis depuis trente-cinq ans avec un vieux réalisateur blanc et nous parlons beaucoup de tout cela ensemble », précise-t-elle. Son époux n’est autre que Joel Coen, l’un des frères Coen qui l’ont dirigée dans sept films. « Un soir après avoir bien bu, j’ai demandé à mon mari si j’étais sa muse et il m’a répondu non, se souvient-elle. Je m’en fiche, je préfère être sa productrice ! » Elle écrit aujourd’hui un film avec son mari, qu’il tournera pour la première fois sans son frangin Ethan. « Joel me dit souvent : ce serait bien que tu parles un peu moins et qui tu écoutes un peu plus », plaisante-t-elle. Ils planchent en duo sur une adaptation du Macbeth de Shakespeare.

Pas de selfies, ni d’autographes

« Quand Joel a appris que j’allais faire la voix de Dieu dans la série Good Omen, il a déclaré que c’était une super idée de casting ! » Est-ce en raison de ce rôle ? Frances McDormand a appris à s’affirmer et à ne plus accepter ce qui lui déplaît. « Par exemple, je refuse de signer des autographes et de poser pour des selfies mais je suis toute disposée à parler aux gens. » Elle se contrefiche de pouvoir paraître difficile ou désagréable. « Je me souviens d’avoir répondu à une jeune femme qui insistait pour prendre une photo de moi au motif que son copain ne la croirait pas, qu’elle n’avait qu’à changer de copain. » Le franc-parler de la comédienne la rend attachante. Ce qui n’a pas empêché de se faire assaillir par des membres du public pour recueillir son autographe. Sans succès. Cette grande dame a préféré leur serrer la main.