« La Bonne réputation » d'une riche épouse au bord de la crise de nerf

DESPERATE HOUSEWIFE Une riche mexicaine au bord de la crise de nerfs parvient à faire rire et émouvoir dans  « La Bonne réputation » en salle ce mercredi

Caroline Vié

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Ilse Salas dans «La Bonne réputation» d'Alejandra Marquez Abella
Ilse Salas dans «La Bonne réputation» d'Alejandra Marquez Abella — UFO
  • La riche héroïne mexicaine de « La Bonne réputation » doit faire face aux mauvaises affaires de son époux.
  • Elle est prête à tout pour sauvegarder les apparences dans cette fable grinçante.
  • Le film brosse un tableau savoureux des bourgeoises mexicaines des années 1980.

L’argent fait-il vraiment le bonheur ? Sa disparition fait en tout cas le malheur de Sofia, bourgeoise mexicaine des années 1980. Dans La Bonne réputation, Alejandra Marquez Abella décrit la descente aux enfers de cette femme gâtée prise dans le marasme de la crise économique.

S’inspirant d’un recueil de nouvelles signé Guadalupe Loaeza, elle parvient à faire ressentir de l’empathie et à bâtir un suspense autour d’une desperate housewife autocentrée vivant dans un monde que la réalisatrice décrit comme « très sûr de lui-même, à la fois frivole et peuplé de vautours ».

Une actrice épatante

Le point fort de La Bonne réputation est l’actrice principale Ilse Salas qui réussit le tour de force de ne pas rendre Sofia détestable. Elle a d’ailleurs remporté un Ariel (César mexicain) pour sa prestation subtile en héroïne orgueilleuse prête à tout pour préserver les apparences de la richesse malgré la ruine de son époux. Ses réactions face aux domestiques et aux boutiquiers qu’elle ne peut plus payer sont un merveilleux cocktail de gêne, de maîtrise de soi et de panique à peine dissimulée. La comédienne se révèle au sommet de son art quand elle est filmée en gros plan.

Des situations savoureuses

Sofia a toujours régné sur ses amies et sur ses autres relations avec un mépris bienveillant. La chute n’en est que plus rude lorsque l’une de ses protégées devient la nouvelle coqueluche des journaux grâce à un époux richissime. Elle tente de faire bonne figure devant ses camarades qui ont érigé le shopping en art et va même jusqu’à voler pour se tirer d’affaire. « Ces femmes vivent selon des codes qui déterminent leur valeur aux yeux des autres » explique la cinéaste dans le dossier de presse.

Portrait d’une femme brimée

Alors oui, l’héroïne agace par sa superficialité et son goût pour le luxe, mais elle n’en reste pas moins un objet que son mari traite avec tendresse sans lui laisser la possibilité d’exister en dehors d’un monde factice. Les réactions combatives de Sofia face à l’adversité permettent au spectateur d’imaginer ce qu’elle aurait pu accomplir si elle n’avait pas été cantonnée au rôle de « femme de ». Ce portrait de femme d’une justesse cruelle est aussi une fable féministe dont l’ironie constitue un atout majeur.