VIDEO. Joaquin Phoenix: «Je ne pouvais pas tricher pour faire comprendre ce que subit Joker »

INTERVIEW Joaquin Phoenix livre une version très personnelle du superméchant dans « Joker » en salle ce mercredi

Caroline Vié

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Joaquin Phoenix dans «Joker» de Todd Phillips
Joaquin Phoenix dans «Joker» de Todd Phillips — Warner Bros France
  • « Joker » de Todd Phillips revient sur les origines du futur ennemi juré de Batman.
  • Joaquin Phoenix y livre une prestation remarquable.
  • Ce portrait très sombre, récompensé au Festival de Venise, pourrait lui valoir un Oscar.

Mais pourquoi est-il si méchant ? Jokerde Todd Phillips répond à cette question en revenant sur les origines du celui qui deviendra l’ennemi juré de Batman. Il offre à Joaquin Phoenix le plus beau rôle de sa carrière, celui d’Arthur Fleck, comique minable sombrant dans la folie.

« Je ne considère pas que mon film soit politique, confie Todd Phillips à 20 Minutes, mais j’admets volontiers qu’il fait écho au monde dans lequel nous vivons où les êtres faibles et différents sont ignorés et bafoués. » Arthur vit seul avec sa mère, survivant péniblement grâce à un emploi de clown sous-payé et se bourrant de médicaments.

De l’empathie pour le Joker

Alors que Bruce Wayne n’est encore qu’un enfant, bien loin d’imaginer qu’il deviendra un jour Batman, Arthur n’est pas encore Joker au début du film… « Ce rôle m’a demandé une implication exceptionnelle, confie Joaquin Phoenix à 20 Minutes. Je ne pouvais pas tricher pour faire comprendre ce que subit Arthur. » Pour se venger de ceux qui l’humilient au quotidien, son personnage se montre de plus en plus ingérable, jusqu’à se faire le porte-parole, si terrifiant mais quand même attachant, des laissés pour compte de l’Amérique. « On ne cherche pas à excuser ses actes, insiste l’acteur. Mais j’aimerais que le spectateur ressente de l’empathie pour lui. » Sa composition rend la complexité d’un homme poussé à bout au point de devenir un psychopathe à enfermer.

Un régime et des films

Si le comédien a suivi un régime alimentaire draconien pour se façonner la silhouette famélique du personnage, ce n’est pas la seule façon dont il a bâti sa prestation. « A la demande de Todd Phillips, j’ai revu des films comme Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) ou L'homme qui rit de Paul Leni d’après Victor Hugo (1928) ». Sa performance semble directement inspirée celles de Robert DeNiro et de Conrad Veidt auxquelles il a ajouté un grain de folie unique. Il émeut et dérange, notamment quand il est pris de crises de fou rire au cours desquelles le public ne sait plus bien s’il se tord d’hilarité ou de douleur. « Je me suis amusé à créer Joker, insiste Joaquin Phoenix. Je n’ai pas souffert autant qu’on pourrait l’imaginer en me voyant à l’écran. »

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Fascinant et flippant

Qu’il soit face à Robert DeNiro en présentateur de télévision odieux, à Zazie Beets en voisine craquante, ou à Frances Conroy en maman agitée du bocal, Joaquin Phoenix module ses effets pour livrer une incarnation du Joker profondément humaine. « Je n’ai pas l’impression d’en faire trop, précise-t-il. J’ai essayé de montrer à quel point la folie d’Arthur l’isole du monde et lui fait atteindre un point de non-retour. » Quand le malade mental devient finalement Joker dans un déferlement d’actes violents à déconseiller aux âmes sensibles, il ne s’en prend qu’à ceux qui lui ont nui. Ses scènes de danse, transes aussi fascinantes que flippantes, sont une création de Joaquin Phoenix.

Noir c’est noir

Ce portrait très sombre tient plus d’un cinéma d’auteur exigeant que d’un festival d’action à la Marvel. Le Lion d'or du film à Venise comme son  démarrage triomphal aux Etats-Unis le week-end dernier laissent augurer du meilleur pour sa carrière, avec sans doute un Oscar au bout du parcourt pour Joaquin Phoenix. « La noirceur du Joker me hantait encore trois mois après le tournage », avoue l’acteur. Le spectateur gardera lui aussi longtemps en tête le sourire de ce clown qu’on n’aimerait pas croiser dans la rue.