VIDEO. « Atlantique » : Un regard sensible et fantastique sur l’Afrique et la question des migrations

ODYSSEE Grand Prix du jury à Cannes, « Atlantique » n’est pas qu’un drame sur les migrations, mais une histoire d’amour mâtinée de polar et de fantastique

Stéphane Leblanc
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Atlantique n'est pas qu'un drame humain, c'est aussi, une histoire d'amour, un polar et un film fantastique
Atlantique n'est pas qu'un drame humain, c'est aussi, une histoire d'amour, un polar et un film fantastique — LES FILMS DU BAL/AD VITAM
  • « Atlantique » est bien plus qu’un drame économique, politique et humain sur les migrations.
  • C’est une fable poétique mâtinée de suspense et de cinéma fantastique.
  • Mati Diop signe un film très réussi, le premier film d'une Africaine présenté en compétition à Cannes et lauréat du Grand Prix du jury.

Grand Prix du dernier Festival de Cannes, Atlantique n’est pas juste une histoire de migrants racontée par une jeune réalisatrice d’origine africaine, Mati Diop, Franco-Sénégalaise de 37 ans, revenue tourner son premier film sur les côtes de la banlieue de Dakar. Par son sujet, le film n’élude pas le côté économique, politique et humain du drame de la migration, mais en lui donnant une forme et des ressorts inattendus : Atlantique, c’est aussi une histoire d’amour contrariée, qui se mâtine de polar avant de devenir une fable fantastique.

Un drame poétique sur les migrations

Pour traiter d’un sujet aussi actuel et aussi brûlant, Mati Diop est partie d’une approche bien réelle, quasi documentaire, « mais en tentant de déconstruire les stéréotypes et les idées reçues, précise-t-elle à 20 Minutes. J’ai été très touché quand la jeune actrice Assa Traore a dit, lors d’une avant-première, qu’elle espérait que le film permette aux gens de porter un regard différent sur les migrants, qu’ils aient autre chose en tête que cette masse informe véhiculée par certains médias. »

Ses personnages, Mati Diop prend soin de les conjuguer au singulier. Telle Shakespeare dans Roméo et Juliette, elle s’est choisi un couple d’amoureux emblématiques : jeune fille promise à un autre issu d’une famille aisée, garçon qui, de dépit, va tenter de traverser un océan qu’il ne voit pas comme un obstacle, mais comme « une force surnaturelle complice de son départ en mer ».

Une fable romantique mâtinée de polar et de fantastique

« Le premier projet, raconte Mati Diop, c’était de consacrer un film à cette jeunesse fantôme, parce que disparue en mer. Cela provoque une forme de hantise, l’âme des personnes disparues revenant hanter leur proche. » C’est ce qui a imposé son désir de cinéma fantastique. « Mais je tenais surtout à parler de celles qui restent, ajoute-t-elle. D’où l’idée de faire d’Atlantique un survival movie : comment Ada, la jeune héroïne, va-t-elle survivre à la disparition de son amoureux ? Comment à travers cette expérience va-t-elle se transcender et s’émanciper ? »

Les réponses sont apportées dans le film par une succession d’événements inexpliqués qui vont agir sur les personnages comme autant d’éléments déclencheurs : des incendies sans départ de feu, une enquête policière qui tourne en rond, une histoire de vengeance contre un exploiteur sans scrupule et les esprits des naufragés qui reviennent, à la tombée de la nuit, prendre possession du corps des vivants…

Mati Diop connait les codes du cinéma de genre, mais reconnaît aussi l’influence sur elle de cinéastes plasticiens comme Apichatpong Weerasethakul. A l’instar de son homologue thaïlandais, elle croit aux histoires de fantômes. Celle-ci en est une, que la cinéaste de 37 ans raconte avec vigueur, grâce et talent.