«Portrait de la jeune fille en feu»: Pourquoi les costumes servent la modernité du film

FILM D'EPOQUE Un sujet très actuel, une chorégraphie précise et des interprètes au diapason font de « Portrait de la jeune fille en feu », en salle ce mercredi, un film en costumes d’une rare modernité

Stéphane Leblanc

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Adèle Haenel et Noémie Merlant dans Portrait de la jeune fille en feu
Adèle Haenel et Noémie Merlant dans Portrait de la jeune fille en feu — PYRAMIDE DISTRIBUTION

C’est une histoire d’amour qui résonne de la plus belle des manières, un portrait tout en costumes du XVIIIe siècle, traité avec une ardeur toute contemporaine, comme le titre du nouveau film de Céline Sciamma, Portrait de la jeune fille en feu, le laisse présager.

Hostile au mariage qui la destine à un homme qu’elle n’a jamais vu, la jeune fille en question (Adèle Haenel) refuse de se laisser tirer le portrait. Sa mère recrute une jeune femme comme dame de compagnie (Noémie Merlant) chargée de la peindre en secret. Voilà pour le pitch qui sent bon les robes en taffetas, la mousseline de soie… Mais pas la naphtaline.

Un film sur un amour aussi incandescent qu’intemporel

Au Festival de Cannes, Céline Sciamma confiait avoir longtemps cherché « l’alchimie qui produirait le résultat escompté », à savoir un film sur un amour aussi incandescent qu’intemporel. Cette alchimie, Céline Sciamma la doit à une histoire truffée de dialogues souvent drôles et assez directs, qui a valu au film le prix du scénario à Cannes, mais aussi à la complicité entre ses deux interprètes, Adèle Haenel et Noémie Merlant.

La première, Céline Sciamma la retrouve douze ans après Naissance des pieuvres. « Le film a été écrit pour Adèle, confirme la cinéaste, en se fondant sur ce qu’on sait d’elle, sur ce que je sais d’elle aussi, mais avec le projet excitant de créer une Adèle neuve. » Et la confronter à une autre belle figure féminine, incarnée par Noémie Merlant, neuve elle aussi puisqu’elle n’avait jamais tourné avec Céline Sciamma mais qui dès les premières images, donne l’impression d’avoir toujours été là. « C’était si facile de travailler avec elles », sourit la cinéaste.

« Tous les films sont en costumes »

Alors oui, c’est un film en costumes. Mais « tous les films sont en costumes », note malicieusement Céline Sciamma qui souligne qu'« on peut avoir l’illusion romantique que certains sont plus proches de la vie, mais tous les films sont fabriqués ». Alors oui, il y a aussi en toile de fond « le projet de parler du travail de femmes peintres comme Vigée Le Brun ou Artemisia, à l’origine d’une véritable ébullition artistique féminine au XVIIIe siècle », selon Céline Sciamma qui s’est beaucoup documentée pour éviter les anachronismes. Mais la cinéaste d’ajouter : « Plus que la reconstitution d’une époque ou des costumes, celle qui m’importait le plus était celle du cœur, des âmes et des corps de ces femmes ».

A Cannes, Céline Sciamma a toujours insisté surtout sur son « envie de faire un film d’amour, de raconter pas à pas ce que c’est que de tomber amoureux, d’en montrer l’amplitude, la trace que laisse cet amour, son empreinte ». En jouant sur les gestes, les regards, celui que pose une peintre sur son modèle ou celui que pose la réalisatrice sur ses deux interprètes. Avec l’idée qu’un dialogue amoureux peut naître de ce jeu de regard, ou d’une attitude, ou d’un simple geste. « L’idée de dévoiler une bouche comme on dévoile un regard au moment d’enlever ses lunettes de soleil ». C’est de là qu’est née la scène du foulard qui mène au premier baiser du film.