« Bacurau »: Comment cette fable joue avec les codes des films de chasse à l'homme

CIBLES HUMAINES Des chasseurs poursuivent des proies humaines dans « Bacurau », en salle ce mercredi, film qui dénonce le regain de violence au Brésil 

Caroline Vié

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Udo Kier dans «Bacurau» de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles
Udo Kier dans «Bacurau» de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles — SBS Distribution
  • Après « Aquarius », Kleber Mendonça Filho s’essaye au cinéma de genre.
  • Il envoie de riches chasseurs américains traquer des villageois brésiliens par pur esprit sportif.
  • Cette fable cruelle a été récompensée à Cannes cette année.

Avec son Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles porte haut les couleurs du cinéma de genre. Des villageois sont vendus par leur maire à de riches étrangers qui les prennent pour gibier.

Le réalisateur du très remarqué Aquarius (2017) s’est fait épauler par son chef décorateur Juliano Dornelles qui coréalise cette fable cruelle. Si le thème de la chasse à l’homme considéré comme un loisir pour une élite décadente n’a rien de vraiment nouveau, leur film prend une signification douloureuse dans un Brésil dominé par le gouvernement de Jair Bolsonaro.

"Survival" quand tu nous tiens

« C’est étrange comment notre film a été rattrapé par l’histoire du monde », déclare Kleber Mendonça Filho dans le dossier de presse. Il plonge avec délice dans un sous-genre du cinéma fantastique, le « survival » où les héros doivent survivre dans un environnement hostile, et plus précisément dans la sous-catégorie de la « chasse à l’homme ». 20 Minutes revient sur les principaux ingrédients de ce type de films.

Un chasseur sachant chasser

Les chasseurs sont menés par Udo Kier, délicieusement inquiétant comme Lance Henriksen dans Chasse à l'homme de John Woo. Ce méchant sophistiqué est fait de la même chair que le héros des Chasses du Comte Zaroff (1932) d’Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack. C’est un esthète qui traque les êtres humains avec autant de doigté que de délectation.

Des proies rétives

Autres figures imposées, les "proies" qui finissent par se révolter. Les méchants chasseurs finissent toujours par tomber sur l’équivalent humain du « lapin qui avait un fusil » célébré par Chantal Goya. Car les habitants de Bacurau se révèlent beaucoup plus coriaces que prévu. On ne sait bientôt plus qui chasse qui, tant les cinéastes s’amusent à brouiller les pistes au cœur d’une nature hostile.

Le futur, une valeur sûre

L’action du film se déroule dans un avenir proche. Une bonne façon du parler du présent sans avoir l’air de trop y toucher ! La domination des Etats-Unis et la corruption généralisée du Brésil sont des plaies que dénoncent les réalisateurs. Tous les films de « chasse à l’homme » se cachent derrière le suspense d’un divertissement pour opposer les nantis aux démunis.

Un côté ludique

Et si c’était rigolo de courir après son prochain les armes à la main ? Les riches clients qui déciment les habitants de Bacurau sont prêts à payer cher pour cela. Des œuvres comme Le Prix du danger (1982) d’Yves Boisset, Running Man (1987) de Paul Michael Glaser, Battle Royale (2001) de Kinji Fukazaku, tout comme la saga Hunger Games dénoncent aussi une société où la violence devient un jeu.