Carmen Maura: «A 73 ans, je ne vais pas me laisser empoisonner la vie par peur de la mort»

INTERVIEW L’actrice espagnole a toujours autant de vitalité, que ce soit dans la vie ou dans « Ma famille et le loup », en salles le 21 août

Caroline Vié

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Carmen Maura dans «Ma famille et le loup», d'Adriàn Garcia
Carmen Maura dans «Ma famille et le loup», d'Adriàn Garcia — Apollo Films

On sort de la projection de Ma famille et le loup, d’Adriàn Garcia, avec l’envie d’avoir une grand-mère comme celle qu’incarne Carmen Maura. L’actrice espagnole, qui fut une muse pour Pedro Almodóvar et l’un des bonnes des Femmes du 6e étage, trouve un nouveau rôle à sa mesure dans ce film tendre.

La comédienne septuagénaire fait montre d’une incroyable vitalité dans la peau d’une mamie atteinte par un cancer, le « loup » qui donne son titre au film. Son dynamisme est aussi frappant dans la vie quand Carmen Maura se confie, en français, à 20 Minutes.

Comment avez-vous fait pour ne pas rendre votre personnage déprimant ?

A 73 ans, je ne vais pas me laisser empoisonner la vie par peur de la mort, et cette femme forte non plus. Adriàn Garcia aborde ce sujet délicat avec pudeur et poésie, comme j’estime qu’on doit le faire quand on parle avec ses enfants et petits-enfants. Ce n’est pas une bonne chose de cacher la vérité aux plus jeunes.

Vous sentez-vous proche de cette femme ?

Sa vie est très différente de la mienne. J’admire toutefois sa force de caractère, envers et contre tout. J’aimerais être aussi dynamique que cette grand-mère, mais je reconnais qu’il m’arrive de me sentir lasse. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’emporte toujours du jambon Pata Negra, le meilleur qu’on trouve en Espagne, dans mes bagages. Ça me remonte !

Comment voyez-vous votre carrière aujourd’hui ?

Evidemment, j’ai eu la chance de tourner avec les plus grands réalisateurs espagnols, de Pedro Almodóvar à Carlos Saura en passant par Alex de la Iglesia. J’ai bien profité de la vie et du cinéma. Et je continue ! J’arrêterai de tourner quand je serai morte ou quand on arrêtera de me proposer de beaux rôles.

Comment gardez-vous une telle forme ?

Une curiosité constante me maintient en éveil. Tout m’intéresse dans le monde actuel, peut-être aussi parce qu’il a beaucoup changé au fil des années. J’ai connu une Espagne découvrant le souffle de la liberté artistique et politique, ce qui m’a marquée. J’espère ne jamais perdre mon envie de connaître des choses nouvelles.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?

Continuer à jouer la comédie, bien boire et bien manger, passer du temps avec ma famille, mes amis et mon chien. J’ai des désirs qui peuvent paraître insignifiants. Ce sont les satisfactions qu’ils apportent qui donnent les meilleurs moments de la vie. Je compte en profiter au maximum jusqu’à la fin.

Carmen Maura face à Fabrice Luchini