«Le Roi Lion»: Mais pourquoi les remake en live action de Disney fonctionnent-ils si bien?

QUI AIME CES FILMS La version live du « Roi Lion » cartonne au box-office malgré des critiques mitigées

Mathilde Loire

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«Le roi Lion» de Jon Favreau
«Le roi Lion» de Jon Favreau — Disney
  • Le remake en live action du Roi Lion a réalisé 192 millions de dollars de recettes pour son premier week-end aux Etats-Unis.
  • Depuis Cendrillon et Le Livre de la Jungle, les remakes live de Disney fonctionnent très bien au box-office.
  • La nostalgie, l'image de marque de Disney et la curiosité sont autant de raisons qui poussent les spectateurs dans les salles.

Tout a commencé lors d’une réunion hebdomadaire du service Culture de 20 Minutes. Alors que nous évoquons un sujet sur les comédies musicales, la discussion dérive sur le traumatisme collectif de la bande-annonce de Cats, diffusée la veille, dans laquelle les têtes d’acteurs connus ont été collées sur des corps de chat – ou est-ce l’inverse ? Ce qui, forcément, nous conduit à débattre de la sensation animalière pleine de stars du moment : le remake live action du Roi Lion, sorti le 17 juillet dans les salles françaises.

Les chiffres viennent de tomber : le film a fait un démarrage remarquable aux États-Unis, avec 192 millions de dollars de recette sur le premier week-end, et commence très bien en France également. Pourtant, les critiques sont mitigées : si certains vantent la beauté des images et les nouvelles chansons, d’autres se plaignent du manque d’émotion véhiculée par ces vrai-faux animaux. Le service Culture de 20 Minutes se questionne : si ce remake est le même film que le dessin animé de 1994, à quoi bon ? « Pourquoi ça marche si bien ? Et qui va voir ces films ? »

« Je suis persuadé que ce sera moins bien »

Premier élément de réponse auprès d’un collègue qui a bien l’intention de voir Le Roi Lion, « parce que je suis un pigeon », affirme-t-il presque fièrement. « Je suis persuadé que ce sera moins bien. La mort de Mufasa était forte parce qu’il avait un visage humain : quelle émotion y aura-t-il avec un animal ? Mais j’ai envie de revoir cette histoire au cinéma, la descente de gnous par exemple. » Quelques jours plus tard, deux autres collègues me le confirment : ils vont aller voir Le Roi Lion « parce que j’aime l’histoire », selon l’un, « et à cause de Beyoncé », ajoute l’autre. Une quatrième est une fan absolue de Disney, qui a « terriblement peur d’être déçue », mais a déjà prévu sa séance. Tout le monde va voir ces films, apparemment. Nous aussi, d’ailleurs.

Angelina Jolie dans «Maléfique».
Angelina Jolie dans «Maléfique». - Walt Disney Pictures

Revenons quelques années en arrière. En 2014 sort Maléfique, avec Angelina Jolie, qui raconte l’histoire de la méchante sorcière de La Belle au bois dormant. Le nouveau long-métrage est à la fois un préquel et un remake du dessin animé de 1959. Il connaît un énorme succès au box-office, une suite est annoncée dès l’année suivante. Surtout, Maléfique confirme ce que Disney avait déjà observé avec Alice au pays des merveilles en 2010 : faire des remakes en live action, avec des acteurs et des prises de vues réelles, de ses propres dessins animés attire le public.

Trois films en quelques mois

« Quand Disney a annoncé qu’ils allaient refaire tous leurs grands dessins animés en live action, tout le monde était curieux », se souvient Eric Marti, general manager de la division française de Comscore Movies, un cabinet de mesure et d’analyse du box-office. Les films s’enchaînent : en 2015 sort Cendrillon ; en 2016, Le Livre de la Jungle ; en 2017, La Belle et la Bête. Cette année, pas moins de trois remakes live, Dumbo, Aladdin et Le Roi Lion sortent en quelques mois. Mulan, La Petite Sirène, Pinocchio et quelques autres sont déjà prévus. Tous ceux déjà sortis font plusieurs millions d’entrée sans trop d’efforts.

Pourtant, l’adaptation en prise de vue réelle de dessin animé ne paraît pas si évidente. L’autrice de ces lignes se souvient des réactions sur Twitter après les premières images de Will Smith dans le rôle du Génie d’Aladdin. Presque aussi sceptique que pour Cats – enfin, quand même pas. Les critiques, on l’a dit, sont d’ailleurs partagées. Mais peu importe, la machine Disney emporte tout sur son passage.

« Disney connaît très bien les films de son catalogue et les a déjà déclinés sur tous les aspects. Quand ils se lancent, c’est avec une stratégie très efficace. Même s’il y a des critiques sceptiques, ça ne suffit pas, estime Eric Marti. Ce n’est pas sur ce genre de film que la presse peut jouer un rôle, ni même les déçus du public. » Inutile de prévenir vos amis que « ça n’est pas si bien », « ce n’est pas comme l’original », « c’est du copié/collé » ou à l’inverse que « c’est trop différent », ils iront probablement le voir quand même. « Il y a trop d’éléments en faveur de ces films », affirme Eric Marti.

Une marque reconnue

A commencer par la réputation des dessins animés originaux. « Avec ces films, les studios Disney partent d’une histoire, une marque extrêmement connue, qui a eu plusieurs carrières : au cinéma, en vidéo, en livre, en parc d’attractions… Les films originaux ont tous fait 8 à 18 millions d’entrées au box-office, en cumulé. Ils ont déjà la confiance du public. »

Ils ont au moins celle des lecteurs de 20 Minutes. Comme Marion, qui a vu Aladdin, Maléfique, Dumbo et Le Roi Lion. Ou Anaïs, qui était trop jeune pour voir les dessins animés au cinéma ; elle profite désormais de l’occasion pour voir ces histoires sur grand écran. « Ces remakes me permettent de me replonger dans une histoire que j’adore avec ce nouveau goût de surprise. » Amélie, curieuse de voir « ce que ça donne dans un contexte plus réel », y emmène sa fille de 14 ans. Car les remakes sont aussi l’occasion de transmettre la passion Disney.

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Le cas du Roi Lion est exemplaire. Les enfants et adolescents de 1994 ont désormais des enfants, des nièces et neveux, ou des cousins et cousines à qui transmettre l’histoire de Simba, Nala, Timon et Pumba. Comme Julien, qui y est allé « avec [son] beau-fils âgé de 10 ans qui n’avait jamais vu le dessin animé original ». Et s’il n’y a pas d’enfants, ce n’est pas grave : un film, c’est pour les adultes, non ? Marion précise d’ailleurs : « Je ne vais pas les voir pour revoir ces films, mais pour voir une « autre » version de ces films qui ont bercé mon enfance, une autre approche créative, en somme. »

Mulan repart au combat au cinéma.
Mulan repart au combat au cinéma. - Capture d'écran

Là-dessus, les producteurs « sont intelligents, car ils ne font pas tout à fait la même chose, constate Eric Marti. On sait qu’on aura l’histoire qu’on attend, mais que ça ne sera pas tout à fait pareil. » La Belle au bois dormant ne passe plus le film à dormir, et la méchante a ses raisons d’être méchante ; La Belle et la Bête de 2017 tente de rendre son héroïne plus féministe que dans le film de 1991 ; la petite sirène est désormais une jeune femme noire ; Mulan doit perdre certains accents américanisés et se rapprocher de la ballade traditionnelle chinoise… Finie les princesses qui se ressemblent toutes et finissent toujours avec un Prince charmant, Disney a bien l’intention de nous montrer qu’il évolue avec son temps… Et avec son public mondialisé. « Ces remakes leur permettent aussi de mettre l’histoire au goût du jour. Ils re-racontent l’histoire pour un public contemporain », note Eric Marti.

Un public contemporain qu’on attire avec des castings cinq étoiles : Beyoncé, Emma Watson, Bill Murray, Idris Elba, Michael Keaton… Autant de noms qui font rêver. Toutefois, dans le cas des films sans humains, « le casting ne joue qu’à moitié sur le public français, car il regarde ce genre de films en VF, constate Eric Marti. Mais il est vrai que Disney a cette capacité à embaucher des artistes du top 10. C’est un élément en plus, qui s’ajoute à tous les autres arguments. » En somme, même si l’un des arguments ne vous convainc pas, il en reste toujours d’autres pour vous amener dans les salles. Avis à mes collègues sceptiques.