Une femme noire pour le matricule 007 : La saga «James Bond» vue par la société

ESPIONNES Alors que la rumeur court depuis plusieurs jours quant au nouvel agent 007 qui serait incarné par une femme noire, « 20 Minutes » s’est intéressé aux évolutions liées à la société de la saga James Bond de 1956 à aujourd’hui

Océane Sinicropi

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De gauche à droite, les actrices Lea Seydoux, Ana de Armas, l'acteur Daniel Craig, les actrices Naomie Harris et Lashana Lynch posent pour le photo call du nouveau «James Bond» le 25 avril  2019.
De gauche à droite, les actrices Lea Seydoux, Ana de Armas, l'acteur Daniel Craig, les actrices Naomie Harris et Lashana Lynch posent pour le photo call du nouveau «James Bond» le 25 avril 2019. — Leo Hudson/AP/SIPA
  • Le nouvel agent 007 serait une femme, interprété par l’actrice noire Lashana Lynch. De nombreuses polémiques ont suivi cette annonce.
  • D’hier à aujourd’hui, l’une des sagas les plus prospères du monde du cinéma a toujours évolué avec les valeurs de son temps.
  • « 20 Minutes » s’intéresse à la place des femmes dans les films « James Bond » et à l’impact de la société sur ces derniers

James Bond est une femme ! La confusion a été grande chez les fans qui se sont emparés du sujet devenu  polémique. 20 Minutes se penche sur les liens entre l’évolution du personnage et celles de la société.

Les rumeurs les plus folles ont circulé sur le web quant au remplacement du fameux interprète de l’agent, Daniel Craig, par l’actrice Lashana Lynch. Ne nous trompons pas, James Bond restera toujours James Bond, en revanche, c’est le matricule 007 qui pourrait bien être attribué à une femme. Le 25e opus de la saga James Bond, qui sortira le 8 avril prochain, marque les 57 ans de la franchise. Depuis 1962, ce ne sont pas moins de sept acteurs qui se sont succédés dans le costume du célèbre agent secret, autant de personnalités différentes marquées par les évolutions de leurs ères respectives. Même si les « Bond women » d’aujourd’hui existent pour elles-mêmes, à l’origine, dans les œuvres d’Ian Fleming l’auteur original de la série de romans d’espionnage James Bond, « les femmes sont faites pour la récréation ».

«Le rôle des femmes dans les films “James Bond” a beaucoup évolué»

Pour Laurent Perriot, expert de la série, « James Bond ne change pas, il est amateur de femmes, il aime l’alcool, il est un peu macho ». Il y a en effet, derrière ce personnage, une image de marque et commerciale qui, selon lui, explique aussi le succès des films. En revanche, ce qui se transforme c’est son environnement et ses relations avec les femmes qui, elles, évoluent. Même si cet agent incarnera toujours l’image de l’homme viril,  «le mec mec» comme le dit l’actrice Eva Green, les bouleversements de la société obligent les scénaristes à faire évoluer leur récit. Pour les sociologues Jean Ferrette et David Ledent, la saga James Bond se divise en plusieurs temporalités. La première équivaut aux années 1960 et 1975 et correspond à l’émergence des revendications féministes, en Amérique d’abord, puis en Europe. Dès les premiers James Bond, les propos du héros, incarné en premier par Sean Connery, sont moins misogynes que ceux du roman d’Ian Fleming. Epoque oblige. Dans ces premiers films néanmoins, l’agent crée son identité de marque d’homme au sourire ravageur qui collectionne les femmes.

La deuxième période, de 1974 à 1989, correspond aux années Sida et à la deuxième vague féministe. Les femmes acquièrent un nouveau statut dans la saga et commencent à être évoquées comme égales du héros masculin. Enfin, depuis 1995, les femmes sont de plus en plus présentées comme des héroines à part entière. La fameuse « M » incarnée par Judie Dench est la supérieure de Bond et maîtrise l’organisation secrète. Pour ce qui est du personnage principal, on remarque quand même avec Pierce Brosnan et Daniel Craig que le côté sensible est davantage mis en exergue.

Des personnages féminins toujours plus « badass »

Avec des têtes d’affiches marquées comme Eva Green (comptable du trésor dans Casino Royal) ou encore Halle Berry, les « Bond Ladies » en imposent. Exit la « potiche ». Rien de surprenant alors que le nouvel agent 007 puisse être une femme quand on sait que ces dernières années ont été marquées par le mouvement «MeToo» et que les James Bond sont de vrais photographies de leurs époques.

Il ne faut pas non plus oublier que l’une des scénaristes engagée pour cet opus est Phoebe Waller-Bridge, auteure très en vogue et créatrice des séries Fleabag et Killing Eve. Reconnue pour ses revendications féministes et son ton souvent provocateur, la scénariste, soutenu par Daniel Craig, est certainement à l’initiative de ce tournant engagé par la production de la saga. De quoi donner une nouvelle impulsion à cette franchise et surtout de la rendre plus actuelle.