VIDEO. Top 14: «Beau joueur» replonge dans la saison pourrie des rugbymen de l’Aviron Bayonnais

INTERVIEW La réalisatrice Delphine Gleize raconte de l’intérieur dans un film documentaire la descente en Pro D2 des rugbymen de l’Aviron Bayonnais lors de la saison 2016/2017. Un moment toujours si particulier et surtout si difficile pour un club et ses joueurs

Propos recueillis par Clément Carpentier

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Le film « Beau joueur » retrace la descente aux enfers de l'équipe de l'Aviron Bayonnais lors de la saison 2016/2017.
Le film « Beau joueur » retrace la descente aux enfers de l'équipe de l'Aviron Bayonnais lors de la saison 2016/2017. — Les Productions Balthazar
  • Le film « Beau joueur » de Delphine Gleize sort ce mercredi dans toute la France.
  • La réalisatrice propose un film documentaire sur la descente aux enfers de l’Aviron Bayonnais il y a deux ans.
  • Elle ne s’intéresse pas à l’aspect sportif mais à l’histoire de cette équipe et les émotions de ses joueurs.

Dans quelques semaines, l’Aviron Bayonnais retrouvera l’odeur du Top 14, deux ans après sa descente en Pro D2 lors de la saison 2016/2017. Une saison en enfer dont toute une ville se souvient encore aujourd’hui (dernière du championnat avec 17 défaites en 26 matchs). Un film documentaire raconte de l’intérieur ce moment toujours si particulier et surtout si difficile pour un club, son staff et son effectif. Il s’agit de Beau joueur de Delphine Gleize.

La réalisatrice et scénariste, passionnée de rugby, a suivi pendant près de sept mois Vincent Etcheto et ses rugbymen. Avec un choix clair et assumé : ne pas parler du sportif mais filmer simplement l’humain. Alors que son film documentaire sort ce mercredi sur grand écran, Delphine Gleize revient pour 20 Minutes sur cette aventure basque.

Comment en êtes-vous arrivée à filmer les joueurs de l’Aviron Bayonnais ?

Au départ, je préparais un autre long-métrage mais j’avais besoin d’assister à un entraînement pour celui-ci. Vincent Etcheto [manager du club basque à l’époque] m’a ouvert les portes et là, je me suis dit il y a vraiment un truc à raconter. Cette relation de l’entraîneur avec ses joueurs malgré sept défaites d’affilée et un groupe en pleine tourmente, c’était fort, vraiment à voir. Je me suis dit : « Ils ne sont pas foutus, je dois vraiment les suivre. Ils vont réaliser le casse. »

Mais avec un angle non-sportif dès le départ…

Oui, je voulais filmer les hommes ! Dans le stade, les vestiaires… Mais il n’y a aucune image de match. Je filmais toujours dos à la pelouse pour suivre le match sur le visage des joueurs et du staff sur le banc. Mon but était vraiment de filmer très près les émotions et les corps.

Comment le club a réagi le club ?

En fait, il n’y a pas eu de demande formelle. Cela s’est fait naturellement lors de l’automne 2016. Je venais avec ma caméra, je m’installais, je filmais. J’ai été très bien accueillie et ils m’ont rapidement fait confiance. Après en décembre, j’ai tout de même écrit une lettre aux joueurs pour leur expliquer ma démarche.

Delphine Gleize a filmé pendant près de 7 mois les joueurs de l'Aviron Bayonnais.
Delphine Gleize a filmé pendant près de 7 mois les joueurs de l'Aviron Bayonnais. - Les Productions Balthazar

On vous a fixé des limites ?

Aucune ! J’avais carte blanche. Il faut comprendre que je n’étais pas du tout là pour chercher la petite bête. La seule chose qui m’importait, c’était l’humain ! Comment ces mecs ne cèdent pas ? Comment ils tentent chaque jour de se relever ? Tout ce qui concernait le sportif ne m’intéressait pas.

Est-ce qu’un moment vous a particulièrement marqué ?

Bonne question. Peut-être un après-match à Lyon. Ils venaient de battre Bordeaux et là, ils prennent 50 pions. A un moment, je me retrouve seule avec Vincent Etcheto dans le vestiaire. C’était très fort. Il était dans un état injouable pour n’importe quel acteur.

L'équipe de l'Aviron Bayonnais lors de la saison 2016/2017.
L'équipe de l'Aviron Bayonnais lors de la saison 2016/2017. - Les Productions Balthazar

Quel a été le rapport homme-femme pendant toutes ces semaines ?

Après les nombreuses affaires et le mouvement #MeToo, pour moi c’est le film de la réconciliation. Cela a été extraordinaire alors que oui, ce n’est pas évidemment au départ une femme au milieu de 40 rugbymen. Mais, il y a eu un respect formidable avec des gens qui ont de vraies valeurs.

Comment ont-ils reçu Beau joueur ?

Tout d’abord, se voir sur un grand écran, ça fait toujours quelque chose. Après, c’était surtout la manière de filmer à laquelle ils ne sont pas habitués. On n’est pas sur une passe, un déblayage, un plaquage mais sur des images en très gros plan du visage et du corps dans des moments pas forcément évidents.

Il y a de plus en plus de films documentaires sur le sport, c’est une mode pour vous ?

Non, je ne pense pas. Il n’y a jamais de mode. Chacun a ses idées. Moi par exemple c’est à l’opposé d’un reportage classique, on est plutôt sur un thriller à l’intérieur d’un vestiaire.

Mais le sport attire…

Oui car tout ce qui se passe dans le sport, ça représente tout ce qui peut se passer dans la vie. Il y a toutes les émotions possibles. Certaines personnes s’identifient même si elles ne sont pas du tout fans de sport. Et puis, aujourd’hui, le sport de haut niveau, c’est très aseptisé donc le film documentaire apporte une certaine fraîcheur. Pour moi, le sportif, c’est le héros moderne.