«Zombi Child»: Bertrand Bonello puise à l'origine des légendes sur les morts-vivants

HAITI Bertrand Bonello a plongé dans la réalité haïtienne pour imaginer les morts-vivants de «Zombi Child» en salle le 12 juin

Caroline Vié

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«Zombi Child» de Bertrand Bonello.
«Zombi Child» de Bertrand Bonello. — Ad Vitam
  • « Zombi Child » évoque les souvenirs d’une adolescente dont le grand-père fut zombifié dans les années 1960.
  • Le réalisateur de « L’Apollonide » entremêle légendes et réalité haïtiennes pour ce conte fascinant.
  • Il revient aux origines du film de morts-vivants.

On a tous en mémoire les morts-vivants mangeurs de chair humaine popularisés parGeorge A. Romero, Zack Snyder ou récemment  Jim Jarmursch. Ceux dont parle Bertrand Bonello dans Zombi Child, présenté à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, n’ont rien à voir avec eux. Ils existent vraiment.

« J’ai souhaité revenir à l’origine du mot zombi, orthographié sans "e" à la fin », explique le réalisateur de L'Apollonide et de Nocturama à 20 Minutes. Une adolescente haïtienne dont le grand-père fut « zombifié » fait découvrir cette funeste tradition à une camarade de pensionnat dans ce film plus envoûtant qu’horrifique.

Un sujet tabou

Bertrand Bonello a mené l’enquête à Haïti pour aborder ce sujet que seuls Victor Halperin (Les Morts-vivants, 1932) Jacques Tourneur (Vaudou, 1943) et Wes Craven (L’emprise des ténèbres, 1987) avait abordé au cinéma avant lui. « C’est un sujet tabou pour les Haitiens qui parlent pourtant volontiers du vaudou qu’ils considèrent comme de la magie blanche, précise Bertrand Bonello. Ils estiment que les colonialistes s’en sont servis pour diaboliser l’île. » Les récits sont pourtant nombreux telle l’histoire réputée vraie de Clairvius Narcisse, mort et enterré en 1962 et réapparu bien vivant dix-huit ans plus tard. C’est son destin qui a inspiré le réalisateur.

Des zombis pour de vrai

La légende veut que les personnes zombifiées soient utilisées comme main-d’œuvre gratuite dans les champs après avoir consommé une mystérieuse poudre noire. « Cela en fait des esclaves corvéables à merci, insiste le cinéaste et je trouve cela fascinant car je suis persuadé que ces manipulations existent. » Si les habitants de l’île nient ces faits, Bertrand Bonello a cependant pu constater un phénomène intéressant. « Tous les acteurs à qui j’ai demandé de jouer un zombi l’ont fait exactement de la même façon, dit-il. Ils se déplaçaient avec les yeux écarquillés, ne pouvaient plus parler et titubaient comme si la représentation du zombi était la même pour tous. »

Un pouvoir terrifiant

Puisant dans la légende, Bertrand Bonello la transpose dans la France d’aujourd’hui ce qui la rend encore plus fascinante quand une jeune fille rêve de réduire son aimé à la merci de son affection. "Ce qui est passionnant, c’est que la zombification est une arme redoutable dont bien des pays occidentaux ont tenté de s’approprier les pouvoirs", déclare Bertrand Bonello. Voilà qui fait passer plus de frissons dans le dos que les morts-vivants cannibales de George Romero. Sa Zombi Child fait peur parce qu’elle est bel et bien ancrée dans la réalité.