«J'aimerais qu'on soit surpris par ses péripéties»: L'appel de Bong Joon-ho à ne pas spoiler «Parasite»

INTERVIEW Le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho s’est confié à « 20 Minutes » quelques jours avant de recevoir la Palme d’or pour « Parasite » en salle le 5 juin

Caroline Vié

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Kong Sang-ho dans «Parasite» de Bong Joon-ho
Kong Sang-ho dans «Parasite» de Bong Joon-ho — The Jokers/Les Bookmakers
  • Bong Joon-ho a eu du mal à écrire « Parasite ».
  • Il y évoque la situation sociale en Corée du Sud par le prisme du cinéma de genre.
  • Le réalisateur a exagéré les situations mais s’est inspiré de la réalité.

Bong Joon-ho n’a pas manqué son retour à Cannes deux ans après Okja et le mini-scandale qu’avait provoqué la production de ce film par la plate-forme Netlix. Sa palme d’or pour Parasite couronne à la fois un film noir particulièrement réussi, autant que  l'oeuvre toute entière du génial réalisateur sud-coréen.

Quelques jours avant le palmarès, le réalisateur de Memories of Murder fort détendu, s’était confié à 20 Minutes.

Parasite est-il un pur film noir ou correspond-il à une réalité ?

Je me suis toujours considéré comme un réalisateur de films de genre. C’est pour moi la meilleure façon d’aborder des sujets sérieux que de jongler avec les codes de ce type de cinéma. Bien évidemment, tout y est exagéré mais je suis parti d’éléments réels. Beaucoup de maisons appartenant à des riches comportent des pièces cachées. Pas vraiment parce que les habitants ont peur d’une attaque nucléaire de la Corée du Nord mais plutôt pour cacher leurs biens qu’ils ne veulent pas voir confisquer par le fisc ou les huissiers.

Vos personnages évoquent l’odeur particulière des pauvres, d’où vient cette idée ?

Pour sentir l’odeur de quelqu’un, il faut être très près de lui ce qui implique une certaine intimité. Les pauvres et les riches ne sont proches que quand les premiers sont au service des seconds. Je trouvais cette notion aussi choquante que juste pour signifier les relations entre les différentes couches sociales. A partir de cette idée, l’écriture a été un processus long et douloureux que je n’aurais pas pu confier à quelqu’un d’autre car je suis tel le chanteur qui écrit et compose ses chansons avant de les jouer. Mais hors les moments où j’éclate de rire parce que je viens d’avoir une idée, je ne suis pas à prendre avec des pincettes. Ma femme me supplie de consommer des calmants. Je les refuse car c’est à ce prix que je peux m’exprimer pleinement.

Avez-vous des recommandations pour les spectateurs de « Parasite » ?

Je les prie instamment de ne pas spolier le film. J’aimerais vraiment que tout le monde puisse être surpris par ses péripéties. Si le public pouvait respecter cette consigne, je serais un réalisateur comblé.