Festival de Cannes: Almodovar «ne donne pas de pourcentage entre réalité et fiction dans "Douleur et Gloire"»

IMAGINATION Au Festival de Cannes, Pedro Almodóvar revient sur ce qu'il y a de vrai et d'inventé dans « Douleur et gloire », actuellement en salle

Caroline Vié

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Pedro Almodóvar à la conférence de presse de «Douleur et gloire
Pedro Almodóvar à la conférence de presse de «Douleur et gloire — S.Leblanc/20Minutes
  • Pedro Almodóvar évoque la vie d’un cinéaste vieillissant dans « Douleur et gloire ».
  • Le réalisateur espagnol assure qu’il ne s’agit pas d’une autofiction.
  • Il reconnaît avoir brodé autour de sa propre vie pour écrire son film.

De notre envoyée spéciale à Cannes, Caroline Vié

Les spectateurs de Douleur et gloire de Pedro Almodóvar ne pourront pas s’empêcher de se poser la question. Le réalisateur incarné par  Antonio Banderas  ne serait-il pas Almodóvar lui-même ? Devant la presse réunie au festival de Cannes, le réalisateur s’est montré catégorique... Ou presque.

« Je sais qu’en voyant le film, le public se demande si Pedro est comme-ci ou comme ça mais Douleur et gloire est une fiction », martèle-t-il. Et pourtant, le héros du film, cinéaste homosexuel vieillissant en panne d’inspiration fait furieusement penser à lui. « Tout ce qui se passe dans le film aurait pu m’arriver, reconnaît-il. Et certaines choses me sont arrivées, mais pas forcément telles qu'elles sont montrées. »

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Faire confiance à la fiction

Le cinéaste nuance son propos en parlant de son travail d’écriture. « Je débute en m'inspirant de la réalité puis je m’éloigne de plus en plus vers la fiction. Car il faut toujours faire confiance à la fiction », admet-il. La scène où le héros, enfant, tombe en pâmoison, après avoir vu un ouvrier dénudé témoigne de ce procédé. « J’ai ressenti ce type d’émoi à cet âge, mais ce n’était pas avec un beau maçon », confie-t-il.

Tout sur sa mère

Dans un passage bouleversant de Douleur et Gloire, la mère du héros le traite de mauvais fils ce qui pousse le quinquagénaire brisé à lui présenter des excuses. "Cette scène ne s’est jamais déroulée et ma mère ne m’a d'ailleurs jamais parlé aussi durement, explique Almodóvar. Mais par contre, j'ai bien connu les mêmes reproches et les regards cruels que les gens, à l'école notamment, posaient sur moi quand j’étais enfant."

Sa scène préférée

Dans une autre séquence, fictive elle aussi, le héros quinquagénaire retrouve un ancien amant du même âge avec lequel il échange un baiser passionné avant de se séparer sans doute pour toujours. « C’est ma scène préférée du film et j’aurais bien aimé la vivre et même me mettre entre les deux acteurs, mais je n’ai pas osé. Par peur de ce que l’on aurait pu penser. Surtout de nos jours. »

Réalité et fiction

Poussé dans ses derniers retranchements par les questions de la presse, Pedro Almodóvar avoue : « Je ne peux pas donner un pourcentage entre réalité et fiction dans Douleur et Gloire. » Le spectateur non plus mais il a sacrément envie d’essayer.