«Les riches n’iront probablement pas voir "Sorry We Missed You"», estime Ken Loach

INTERVIEW Ken Loach présentait, ce vendredi, en compétition au Festival de Cannes un brulôt bouleversant sur le monde du travail, «Sorry We Missed You»

Caroline Vié

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Ken Loach durant le photocall de «Sorry We Missed You» au 72e festival de Cannes.
Ken Loach durant le photocall de «Sorry We Missed You» au 72e festival de Cannes. — VU/HAEDRICH/SIPA
  • Ken Loach est de retour en compétition au Festival de Cannes après avoir déjà reçu deux Palmes d’or.
  • Avec « Sorry We Missed You », le cinéaste dénonce l’ubérisation de la société. Ce film bouleversant pourrait lui valoir un troisième trophée.

De notre envoyée spéciale à Cannes, Caroline Vié

Ken Loach revient à Cannes avec Sorry We Missed You, conte poignant sur une famille qui perd pied quand le père se laisse happer par une entreprise de livraison de colis après s’être surendetté pour acheter un camion.

Après deux Palmes d’or pour Le vent se lève (2006) et Moi, Daniel Blake (2016), le cinéaste britannique signe une nouvelle œuvre dénonçant les excès du monde du travail tel qu’il s’exerce aujourd’hui. « C’est un sujet dont je ne me lasse pas, car les choses évoluent en pire à chacun de mes films », confie Ken Loach à 20 Minutes.

Toujours indigné

Même handicapé par un bras en écharpe, le réalisateur n’a rien perdu de sa capacité de s’indigner et assume gaillardement de reprendre place dans la compétition. « J’espère toujours que mes films vont changer les mentalités ou conduire à une réflexion sur le monde, dit-il. Mais les riches n’iront probablement pas voir Sorry We Missed You. » Pour Ken Loach, ce ne sont pas les paillettes qui importent à Cannes mais la passion pour le cinéma et le débat d’idées. « Ici, on ne croise pas que des gens fortunés, mais aussi des travailleurs qui bossent dur pour nourrir leur famille », commente-t-il.

Avec les Gilets Jaunes

Ken Loach soutient le mouvement des «gilets jaunes» dont il comprend la colère, semblable à celle que ressent le héros surexploité de son film. « Leur rage s’exprime parfois violemment ou maladroitement parce qu’ils n’ont aucune formation politique, soupire-t-il. Il faudrait une réflexion ou un projet plus construits pour que les choses aboutissent mais je les admire pour leur courage à descendre dans la rue. » Si ses yeux pétillent toujours, le cinéaste s’avoue trop fatigué pour les rejoindre. « C’est l’énergie et la faiblesse physique qui me ralentissent », avoue-t-il.

Une troisième Palme ?

Le réalisateur déclare ne pas penser à une éventuelle troisième Palme d’or. « Je ne suis pas là pour ça », martèle-t-il. Avant d’ajouter avec un doux sourire malicieux : « Si j’y songe trop, je serai déçu si je ne l’ai pas. » A 81 ans, il n’a, pour l’instant, aucun nouveau projet en cours. « Je pense à des tas de sujets mais je ne suis pas certain qu’ils aboutiront tant je suis las », reconnait-il. Il lui faut peut-être guetter une nouvelle injustice qui le mettra suffisamment en colère pour qu’il reprenne le chemin des plateaux.