«Je n’ai pas encore percé tous les mystères de "Douleur et gloire"», affirme Antonio Banderas

INTERVIEW A Cannes, Antonio Banderas a évoqué pour « 20 Minutes » de sa relation avec Pedro Almodóvar pour « Douleur et gloire » qui sort en salles le 17 mai

Caroline Vié

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Antonio Banderas et Pedro Almodóvar sur le plateau de Douleur et gloire
Antonio Banderas et Pedro Almodóvar sur le plateau de Douleur et gloire — Manolo Pavon/Pathé
  • Antonio Banderas incarne un alter ego de Pedro Almodóvar dans Douleur et gloire.
  • Ils n’avaient pas tourné ensemble depuis La piel que habito en 2011.
  • Antonio Banderas s’est particulièrement investi dans ce film très personnel du réalisateur.

De notre envoyée spéciale à Cannes, Caroline Vié

Antonio Banderas incarne un double de Pedro Almodóvar dans Douleur et Gloire. Il est impossible de ne pas penser au réalisateur devant ce cinéaste en panne d’inspiration un brin hypocondriaque mais, profondément touchant. Ce film passionnant, l’un des meilleurs Almodóvar (comme l’appelle Antonio Banderas) depuis longtemps suit la lente réconciliation du héros avec un passé tumultueux après ses retrouvailles avec un comédien avec lequel il s’était brouillé depuis plus de vingt ans.

Réflexion optimiste sur la vie et la création Douleur et Gloire émeut et fait du bien. Antonio Banderas, qui pourrait bien figurer au palmarès, s’est confié à 20 Minutes sur sa relation avec le réalisateur.

Estimez-vous que vous incarnez Pedro Almodóvar lui-même dans « Douleur et gloire » ?

Antonio Banderas : Je suis un peu lui, mais pas tout à fait. Il est certain qu’il a pris des éléments de sa propre vie pour écrire le scénario ce qui m’a surpris car c’est quelqu’un de très pudique. Certaines choses sont vraies, d’autres sont totalement fictives. Cela n’a pas d’importance, ce qui compte est ce qui dit le film.

Alors êtes-vous l’acteur avec lequel il s’est disputé et avec lequel il renoue ?

Non plus. Déjà, contrairement à lui, je ne me drogue pas ! Plus sérieusement, mes retrouvailles avec Almodóvar après vingt-deux ans sans travailler ensemble avaient été difficiles quand il m’a dirigé dans La piel que habito. J’étais arrogant et il m’a remis à la place. J’ai dû perdre toutes les habitudes que j’avais prises sans lui.

Vous arrivez à faire le tri dans tout cela ?

Cela n’a pas grande importance pour incarner le personnage. Je crois surtout que ce film est une façon pour lui de faire le point sur son passé et de se réconcilier avec lui. Les scènes où mon personnage rencontre sa mère me semblent résumer ce qu’Almodóvar n’a pas pu dire à la sienne avec son décès.

Quelle a été la séquence la plus difficile à tourner ?

Celle où mon personnage retrouve l’homme qu’il a aimé. Quand on a fait le plan durant lequel il l’écoute me raconter ce qu’il a fait pendant toutes ces années loin de lui, cela a touché quelque chose de si profond en moi que je ne m’y attendais pas. Je ne jouais plus un personnage : je vivais ses émotions.

Comment vous a-il dirigé ?

En douceur, par petites touches. Je suis arrivé humble sur ce tournage car je savais que ce film est parti. Il m’a ouvert son cœur comme jamais et nous avons construit le personnage ensemble. Certaines scènes étaient très dures pour lui, notamment celles avec sa mère incarnée, jeune, par Penélope Cruz.

Comment va-t-il aujourd’hui ?

Je l’ai trouvé régénéré après le tournage. Il semble avoir rajeuni comme si mon personnage lui avait permis comme s’il se sentait enfin en paix. Avoir la Palme d’or couronnerait cela de façon merveilleuse en nous récompensant tous ! Ce serait merveilleux et nous récompenserait tous.

Est-ce votre plus beau rôle ?

Beaucoup de gens me le disent. Des membres de ma famille qui ne commentent jamais mes films m’appellent en larmes pendant le générique de fin. Pour ma part, il me faut plus de temps pour analyser cette œuvre. Je n’ai pas encore percé tous les mystères de Douleur et gloire.