John Carpenter: «Donald Trump me fait plus peur qu'un film d'horreur car lui est bien réel»

INTERVIEW Le réalisateur de « The Thing » et « Halloween » est honoré par la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes

Caroline Vié

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John Carpenter sur la terrasse de la Quinzaine des réalisateurs.
John Carpenter sur la terrasse de la Quinzaine des réalisateurs. — C.Vié
  • John Carpenter reçoit ce mercredi le Carrosse d’or, décerné dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs.
  • Le maître du cinéma d’horreur raconte à 20 Minutes quelles sont ses peurs actuelles.
  • Le cinéaste explique aussi pourquoi il tourne moins de films, mais donne plus de concerts de ses musiques de films.

De notre envoyée spéciale à Cannes, Caroline Vié

John Carpenter est tout sourires et il a de quoi. Le réalisateur d’Halloween et de New York 1997 reçoit ce mercredi le Carrosse d’or, récompense décernée dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs et destinée à célébrer la carrière et l’indépendance d’un cinéaste spécialisé dans le cinéma de genre.

Il n’a pas tourné depuis The Ward en 2003 mais le réalisateur de 71 ans s’est lancé dans une série de concerts où il interprète les musiques qu’il a composées pour ses films. Avant de projeter The Thing et de répondre en public aux questions de la cinéaste Katell Quillévéré (Réparer les vivants), il s’est confié à 20 Minutes.

Le Carrosse d’or, que représente ce prix pour vous ?

Je n’en reviens pas qu’un vieux bougre comme moi soit honoré au Festival de Cannes. Je me suis même demandé si les organisateurs ne s’étaient pas trompés de personne. Après mes concerts qui m’ont donné l’impression d’être une rock star, je me dis que la vie réserve de belles surprises.

Comment expliquez-vous la passion des gens pour le cinéma d’horreur ?

Tout le monde aime avoir peur, surtout quand il n’y a pas de danger. Cela soulage les gens de voir des monstres qui n’existent pas. Mes cauchemars sont ceux de tout le monde : la véritable horreur est dans l’actualité. Par exemple, Donald Trump me fait plus peur qu’un film d’horreur, car lui est bien réel.

Il ne vous inspirerait pas un film ?

Donald Trump est trop dangereux dans la vraie vie pour donner un bon personnage de fiction. Je n’ai pas envie de broder autour de lui. Et puis, faire des films est fatigant. J’en ai envie, bien sûr, mais je n’ai plus 20 ans. Je préfère me consacrer à la musique et au nouvel album que j’écris.

Que pensez-vous de la nouvelle vague du cinéma d’horreur ?

J’aime beaucoup ce que fait Jordan Peele, le réalisateur de Get Out et Us. Sa façon de parler de l’état du monde et de l’Amérique par le biais du cinéma de genre me séduit. Il a un sacré talent pour mêler cinéma commercial et intelligence du propos. Des films comme les siens font du bien.

Etes-vous fier des remakes de vos films et appréciez-vous les cinéastes qui se réclament de vous ?

Pour les remakes comme celui de Halloween, j’aurais préféré les réaliser moi-même. Ne serait-ce que pour être payé ! Quant aux cinéastes qui m’admirent, c’est toujours mieux que d’être considéré comme un vieux con. Mais ça fait drôle car je n’aurais jamais pensé que mes films resteraient dans les mémoires.

Nous ne verrons plus de nouveaux films de John Carpenter ?

J’ai des idées mais plus beaucoup d’énergie. Je passe beaucoup de temps à jouer aux jeux vidéo, à regarder le basket et les news à la télé. Je ne suis pas certain que je repasserai derrière la caméra. Mais, quand j’entends que des gens ont mis le thème musical de Halloween sur leur téléphone portable, l’envie de tourner me reprend.