«L’Adieu à la nuit»: Comment Téchiné pousse Deneuve à sauver son petit fils d'un destin funeste

EN GUERRE La radicalisation religieuse est un sujet très cinématographique s'il est bien traité, comme dans « L’Adieu à la nuit » en salle le 24 avril

Caroline Vié

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Catherine Deneuve et Kacey Mottet Klein dans«L'adieu à la nuit» d'André Téchiné
Catherine Deneuve et Kacey Mottet Klein dans«L'adieu à la nuit» d'André Téchiné — Ad Vitam
  • «  L’Adieu à la nuit » traite de la radicalisation et de ceux qui en sont victimes à travers le destin d'une grand-mère qui découvre que son petit-fils veut partir pour la Syrie..
  • Catherine Deneuve et Kacey Mottet Klein font partie des acteurs fétiches du réalisateur André Téchiné.

L’Adieu à la nuit met aux prises une grand-mère jouée par Catherine Deneuve face à son petit-fils (Kacey Mottet-Klein) qui envisage de partir pour la Syrie.

Après s’être penché sur la guerre d’Algérie dans Les roseaux sauvages, André Téchiné évoque cette fois la radicalisation religieuse. « C’est un sujet clivant et ouvert à la fois, estime le cinéaste dans le dossier de presse. Mais ce film ne représente que mon regard sur ce sujet, c’est une proposition de cinéma. » Différente de celle rencontrée sur le même sujet dansLe Ciel attendra, Hadewicjh ou Paradise now, mais tout aussi passionnante.

Un suspense haletant

Le jeune héros finira-t-il par partir ? L’Adieu à la nuit prend des allures de thriller autour de cette question. Le réalisateur montre tout de ses préparatifs, dont les moindres détails et problèmes matériels sont disséqués. « Il y avait là des éléments de polar, de film de braquage, sans besoin de forcer sur les codes de genre », insiste André Téchiné. On ne peut s’empêcher d’éprouver de la tendresse pour ce gamin paumé, incarné par un comédien que Téchiné avait déjà dirigé qu’André Téchiné avait dirigé dans Quand on a 17 ans.

Un regard sans jugement

Le réalisateur de Nos années folles, qui a coécrit le film avec Lea Mysius, la réalisatrice d’Ava, s’est aussi livré à des recherches pour se familiariser avec les milieux djihadistes qu’il ne connaissait pas. André Téchiné ne porte jamais de jugement sur les protagonistes du film. « J’ai essayé d’éviter la caricature, j’ai recherché la complexité morale en dressant un constat », signale-t-il. Il fait avancer l’histoire de ses héros vers une réflexion plus vaste sur ce qui pousse certains jeunes vers le sacrifice qu’implique leur radicalisation.

Des personnages intenses

Oulaya Amara (césarisée pour Divines) incarne la petite amie du héros qui le soutient dans son projet funeste. Leur relation est un moteur du film qui emporte le public dans un monde brutal. Le spectateur se sent en empathie avec la grand-mère en se demandant comme il agirait s’il était confronté à la même situation. « Le personnage de Catherine Deneuve est en phase avec ma génération, insiste André Téchiné. Cette femme est à la fois solide dans son métier et vulnérable dans sa relation avec son petit-fils. » Là encore, ce sont les rapports humains qui l’emportent sur l’idéologie.Son sujet fort et son traitement approprié font de L’Adieu à la nuit le meilleur film du réalisateur depuis un bon moment.