VIDEO. Marseille: C’est la dernière séance pour «Shéhérazade», et une «page qui se tourne» pour son réalisateur Jean Bernard Marlin

CINEMA De Cannes aux Césars, ce premier long-métrage sur une histoire d’amour entre un caïd et une jeune prostituée à Marseille a rencontré son public

Caroline Delabroy

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Les deux personnages principaux du film Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin.
Les deux personnages principaux du film Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin. — Guerrar
Jean-Bernard Marlin, réalisateur du film Shéhérazade.

Il en sera peut-être autrement vendredi soir, à l’issue de la dernière séance à Marseille de Shéhérazade, avec une partie de l’équipe auréolée de trois Césars. Mais pour l’heure, pas de trémolo dans la voix du réalisateur Jean-Bernard Marlin (en photo ci-contre). Bien au contraire, on sentirait presque comme un soulagement de lâcher ce film qui, dans le sillage de Cannes 2018, a fait un extraordinaire parcours pour un premier long-métrage. « C’est une page qui se tourne, confie-t-il. On est sur d’autres projets, d’autres aventures ». Comme pour traduire les faits en gestes, le fameux César (du meilleur premier film) repose chez lui dans une armoire. « C’est un bel objet, mais je préfère qu’il soit rangé, sourit-il. Je ne me vois pas vivre avec un trophée sous les yeux. »

Jean-Bernard Marlin n’oublie pas cependant « l’effet surprise » des trois récompenses reçues pour le film, et le sentiment d’un adoubement : « On se sent un peu validé par le milieu du cinéma, surtout quand on ne vient pas trop comme moi de ce milieu ». C’est peu ou prou ce qu’a aussi déclaré Dylan Robert en recevant le César du meilleur espoir masculin pour son rôle de jeune caïd tombant amoureux de Shéhérazade, jeune prostituée incarnée par Kenza Fortas : « Pour moi, avoir le César, c’est une bienvenue dans le monde professionnel du cinéma ».

« L’aventure s’arrête là »

De ses deux acteurs, rencontrés lors d’un « casting sauvage », expression consacrée pour la recherche de comédiens non-professionnels, le réalisateur dit ne pas éprouver de « responsabilité » particulière à leur endroit. « L’aventure s’arrête là. Maintenant, c’est à eux de jouer. Ils sont entourés. Le cinéma est fait de telle sorte que l’on ne voit qu’eux deux, mais il y a aussi tous les acteurs secondaires, les techniciens, tout un plateau qui participe à ce que le film existe. » Reste la grande « fierté » de voir leurs talents reconnus, et la « confiance que les Césars donnent pour la suite ».

La suite, justement, Jean-Bernard Marlin planche déjà dessus. Avec « l’envie de faire évoluer [son] travail de cinéaste et d’aller vers du cinéma de genre ». Il a en cours un projet de long-métrage et de série pour la télévision. Cette fois, pas de casting sauvage. Quant à Marseille, ville intrinsèquement liée au succès de Shéhérazade, elle pourrait redevenir de la partie (pour la série). Jean-Bernard Marlin dit aussi que les Césars n’ont rien changé à ses envies de réalisateur. « Peut-être que je me permets de rêver à des projets plus ambitieux » nuance-t-il, conscient « d’être plus observé, plus attendu au tournant ». Vendredi soir à La Baleine, lieu de la dernière projection marseillaise, c’est bien une page qui se tourne pour toute l’équipe du film.