Festival de Cannes: Quatre réalisatrices en compétition, c'est peu mais c'est un record

SELECTION OFFICIELLE Quatre femmes en compétition, ça peut paraître peu, mais il n'y en avait aucune en 2012

Stéphane Leblanc

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Virginie Efira retrouve Justine Triet (à dr.) dans Sibyl, sélectionné en compétition à Cannes
Virginie Efira retrouve Justine Triet (à dr.) dans Sibyl, sélectionné en compétition à Cannes — GUILLAUME COLLET/SIPA
  • L’actrice franco-sénégalaise Mati Diop pour son premier long-métrage, les cinéastes françaises Céline Sciamma et Justine Triet, et l’Autrichienne Jessica Hausner sont les quatre réalisatrices sélectionnées en compétition au festival de Cannes.
  • C'est encore peu (à peine plus de 20% des cinéastes en compétition), mais c'est un record à Cannes, où la représentation des femmes progresse depuis quelques années.

L’actrice franco sénégalaise Mati Diop pour son premier long-métrage, les cinéastes françaises Céline Sciamma et Justine Triet, l’Autrichienne Jessica Hausner… Quatre réalisatrices brigueront la palme d’or cette année à Cannes. C’est peu en termes de parité : à peine plus de 20 % des cinéastes en compétition​. Elles auront quinze réalisateurs à défier – et même seize, si Tarantino termine son film à temps.

Pourtant, quatre femmes en compétition (et treize sur les 46 films de la sélection officielle), c’est un record au Festival de Cannes.

Entre 1946 et 2018, seuls 82 films présentés étaient l’œuvre de réalisatrices sur 1.727 films présentés en compétition, d’après une étude de 5050x2020, le collectif paritaire du cinéma créé pour instaurer une meilleure égalité entre les hommes et les femmes dans l’industrie et soutenu par 300 personnalités du cinéma. La tendance commence (timidement) à s’inverser.

L’organisation du festival a longtemps associé la faible représentation féminine en compétition à celle du milieu du cinéma : « Les films sont sélectionnés sur leurs qualités, pas sur le sexe de ceux qui les font », faisait figure d’indéfectible leitmotiv.

Jusqu’à l’organisation des débats Women In Motion par Kering, lancés par Pierre Lescure en 2015 quelques mois après avoir pris la  présidence du festival, puis les retombées tempétueuses de l’affaire Weinstein et l’appel, l’an dernier, de quatre-vingt-deux professionnelles du cinéma à une meilleure égalité de traitement lors d’une montée des marches inédite et spectaculaire car 100 % féminine…

Aucune femme en compétition en 2012

Elles n’étaient que trois réalisatrices en compétition lors des trois dernières éditions du festival de Cannes (Eva Husson, Alice Rohrwacher, Nadine Labaki en 2018, Lynn Ramsay, Sofia Coppola, Naomi Kawase en 2017, Nicole Garcia, Andrea Arnold, Maren Ade en 2016), deux seulement en 2014 (Kawase et Rohrwacher déjà) et en 2015 (Maïwenn et Valérie Donzelli), une seule en 2013 (Valeria Bruni-Tedeschi) et aucune en 2012…

Faut-il croire que depuis, les réalisatrices poussent comme des champignons ? En tout cas, elles seront quatre cette année, qui ne partent pas favorites face aux vieux briscards que sont Pedro Almodovar, Ken Loach, Terrence Malick ou les frères Dardenne… et sans doute Quentin Tarantino. Mais leurs films méritent qu’on y porte une attention particulière, car la surprise de l’enchantement pourrait surgir de l’un d’eux : Atlantique de Mati Diop, Little Joe de Jessica Hausner, Sibyl de Justine Triet et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. Comme ce fut le cas avec Toni Erdmann de Maren Ade en 2016 ou Heureux comme Lazzaro d'Alice Rohrwacher l’an dernier.