Benoît Poelvoorde: «J'ai crié mon amour à Sempé et ça lui a cassé les pieds»

INTERVIEW Benoît Poelvoorde a confié à « 20 Minutes » son admiration pour l’œuvre de Sempé dont est tiré « Raoul Taburin a un secret » en salle le 17 avril

Caroline Vié

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Benoît Poelvoorde dans «Raoul Taburin a un secret» de  Pierre Godeau
Benoît Poelvoorde dans «Raoul Taburin a un secret» de Pierre Godeau — Krsi Dewitte/Pathé
  • Dans « Raoul Taburin a un secret », Benoît Poelvoorde incarne un réparateur de vélos qui ne sait pas monter à bicyclette.
  • Il donne la réplique à Edouard Baer pour cette comédie farfelue, inspirée d’une bande dessinée de Sempé.
  • Il a profité de ce tournage pour rencontrer l’auteur qu’il admire depuis l’enfance.

Dans Raoul Taburin a un secret de Pierre Godeau, le personnage incarné par Benoît Poelvoorde ne sait pas faire de vélo, un drame pour cet as de la mécanique que la population de son village prend pour un champion de la « petite reine » depuis son enfance.

L’arrivée d’un photographe (joué par Edouard Baer) change sa vie et celle de son épouse, interprétée par Suzanne Clément. La bande dessinée délicieusement absurde de Sempé créée en 1995 et disponible chez Folio est devenue une comédie tendre dont Benoît Poelvoorde a accepté de parler à 20 Minutes.

Pourquoi avoir fait un film à partir de cette bande dessinée ?

La vraie question est plutôt : pourquoi aurait-on dû ne pas le faire ? C’était casse-gueule au possible car le style de Sempé est impossible à transposer à l’écran. Son trait, sa poésie et sa folie douce rendent ses œuvres inadaptables au cinéma. J’ai accepté de suivre Pierre Godeau dans ce projet pour ces raisons. J’aime les gens qui prennent des risques complètement fous.

La présence d’Edouard Baer a-t-elle pesé dans la balance ?

Il est arrivé après moi sur le projet. Je dois avouer qu’il y avait quelque chose de surréaliste dans l’idée de prendre deux acteurs aussi verbeux que nous pour un film avec aussi peu de dialogues. J’aurais aimé que les spectateurs puissent nous voir tourner un peu comme s’ils faisaient un safari dont nous aurions été les animaux.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ?

Elle a l’air toute simple mais elle parle de choses profondes. Raoul Taburin se pourrit la vie par un mensonge qui le suit depuis l’enfance. S’il disait la vérité, ses problèmes seraient réglés. Pendant les avant-premières, des spectateurs m’ont confié y avoir vu une métaphore de l’analphabétisme ou de l’homosexualité que certains se sentent obligés de cacher.

Vous considérez le film comme une comédie familiale ?

C’est ce que j’appelle un film du dimanche, de ceux qu’on va voir après le déjeuner dominical. Chaque génération peut y trouver son compte et se laisser emporter. Tiens, on devrait sortir Raoul Taburin a un secret dimanche plutôt que mercredi. Je vais le suggérer au distributeur. Ce film est aussi fédérateur que les dessins de Sempé.

Vous êtes fan de Sempé ?

Je suis tombé amoureux de ses dessins quand j’avais 10 ans. Je m’imaginais qu’il faisait de tout petits croquis. C’est lui qui m’a donné envie de faire du dessin. Je m’étais fait offrir un stylo hors de prix pour pouvoir l’imiter et gribouiller en miniature. Ce n’est que bien plus tard que j’ai découvert que c’est parce que je lisais ses livres en édition de poche que ces dessins me semblaient minuscules.

Le film vous a permis de lui communiquer votre admiration ?

J’ai crié mon amour à Sempé et ça lui a cassé les pieds. Les artistes de grand talent ne supportent pas qu’on leur témoigne de l’admiration. C’est aussi le cas pour les comédiens. Moi j’aime bien qu’on m’aime mais c’est parce que je ne suis pas un acteur : je suis Benoît Poelvoorde. N’hésitez pas à venir me complimenter, vous serez bien reçus.