VIDEO. «Tito et les oiseaux»: Comment le Brésil vole (depuis longtemps) vers les sommets de l'animation

CONTE L’animation brésilienne témoigne de son dynamisme avec le film politique et poétique « Tito et les oiseaux » en salle le 3 avril

Caroline Vié

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Tito et les oiseaux de Gustavo Steinberg, Gabriel Bitar et André Catoto
Tito et les oiseaux de Gustavo Steinberg, Gabriel Bitar et André Catoto — Damned Distribution
  • « Tito et les oiseaux » met en scène un gamin qui tente de sauver ses concitoyens d’une étrange maladie provoquée par la peur.
  • Ce film d’animation brésilien prend la forme d’une fable pour évoquer la situation sociale et politique du pays.
  • Les thèmes abordés par ce film magnifique sont universels.

Le Brésil crée une nouvelle fois la surprise avec Tito et les oiseaux, conte d’animation du trio Gustavo Steinberg, Gabriel Bitar et André Catoto. Dans la lignée du magique Le garçon et le monde d’Alê Abreu, les auteurs livrent une fable politique et poétique découverte au Festival d'Annecy qui célébrait l’animation de ce pays en 2018.

Tito, gamin dont le père a disparu mystérieusement, tente de sauver le monde d’une étrange maladie qui transforme les gens en pierre quand ils sont effrayés. « Le film aborde le thème de la peur et du chaos social », précise Gabriel Bitar dans le dossier de presse. 20 Minutes explique en quoi cette œuvre magnifique est profondément ancrée dans la réalité d’un Brésil tombé sous la coupe d’un pouvoir  l'extrême droite , entre autres influences.

São Paulo, lieu de cauchemar

Contrairement à l’amusante saga Rio des studios Blue Sky, les auteurs ne dépeignent pas un Brésil de carte postale tel que l’imaginent les touristes. Ils plongent dans leur ville de São Paulo dont ils montrent la réalité lugubre. « Vingt millions de personnes y vivent, précise Gustavo Steinberg et la plupart sont cachées par des clôtures et des barbelés. »

Peur sur la ville

Dès les premières images du film, le ton est donné. La mère du héros est tétanisée devant la télévision par le discours alarmiste d’un politicien. Le méchant de Tito et les oiseaux a tout d’un dictateur qui entretient savamment les angoisses de la population comme dans la réalité. « Au Brésil, le rêve d’une société démocratique est en train de s’effondrer, non pas à cause de périls réels mais de dangers imaginaires », soutient Gabriel Bitar.

Peinture à l’huile et numérique

Pour traduire les terreurs des personnages mais aussi la richesse de l’univers des enfants et des oiseaux qui aident le héros, les auteurs ont trouvé un style qui puisse plaire aux adultes comme aux enfants. « Nous avons pensé à faire tout le film en peinture à l’huile avant de finalement décider d’y intégrer des animations numériques », se souvient Gabriel Bitar. La beauté plastique de Tito et les oiseaux et son originalité visuelle laissent le spectateur bouché bée.

Il n’empêche que c’est bien la peinture qui donne son look si particulier au film, inspiré des toiles des peintres expressionnistes allemands  Karl Schmidt-Rottluf ou  George Grosz, immédiatement reconnaissables et dont les thèmes sont, comme ici, universels.