VIDEO. «Captain Marvel»: Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps un film de super-héroïne Marvel?

GIRL (SUPER) POWER Après trois «Iron Man», «Captain America» et «Thor», sans oublier «Doctor Strange» ou «Spider-Man», Marvel concacre enfin un film à une de ses super-héroïnes, il était temps

Vincent Julé

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«Captain Marvel», premier film de super-héroïne Marvel après dix ans d'attente, il était temps
«Captain Marvel», premier film de super-héroïne Marvel après dix ans d'attente, il était temps — Marvel Studios

Captain Marvel sort mercredi au cinéma. Enfin ! Il aura fallu plus de dix ans et le double de films pour que Marvel Studios consacre un long-métrage à une super-héroïne. Iron Man, Thor ou Captain America, eux, comptent déjà deux voire trois films. Seule Hope van Dyne, alias la Guêpe, a réussi à squatter le titre et l’affiche de la suite d'Ant-Man, mais ni Black Widow, Scarlet Witch ou Gamora n’ont eu le droit à leur propre film. Captain Marvel est la première, et arrive après Wonder Woman, la super-héroïne de DC Comics… et du box-office. Pourquoi l’attente a été si longue ?

La faute à Marvel ?

Le cas Black Widow est symptomatique, exemplaire. Introduite dans Iron Man 2, Natasha Romanova, alias la Veuve noire, est depuis apparue dans tous les films Captain America et Avengers. Dès 2010, le boss de Marvel Studios, Kevin Feige, évoque un film solo porté par son interprète, la star Scarlett Johansson. Mais rien. A chaque interview, il trouve une excuse, le site Slahsfilm les a même compilés.

En mai 2013, Kevin Feige explique ainsi « qu’il s’agit de trouver le bon scénario, le bon réalisateur, le bon moment ». En avril 2014, il répond que le film Black Widow existe déjà dans un sens, il s’appelle Le Soldat d'Hiver : « Nous mettons l’accent sur les personnages, en particulier nos héroïnes, dans tous nos films, c’est très important pour nous ». Avant d’ajouter l’été suivant : « Nous sommes dans une position très étrange, à gérer plus de franchises que n’importe qui, ce qui est une très bonne chose mais également un sacré défi ». Traduction : pas le temps pour une super-héroïne.

Mais Kevin Feige adapte vite son discours, et affirme fin 2014 que le public est plus en demande d’un Black Panther ou un Captain Marvel que d’un Iron Man 4 ou un Avengers 3, et que « Marvel y prête beaucoup d’attention ». Pourquoi Captain Marvel, et pas Black Widow ? Parce que le studio préfère que son premier film de super-héroïne soit sur un nouveau personnage et son origin story.

La faute à Hollywood ?

Si Captain Marvel est la première super-héroïne à tenir la tête d’affiche d’un film Marvel Studios, elle n’est pas la première super-héroïne Marvel à être portée sur grand écran. En effet, il ne faut pas oublier Elektra en 2005, de même que Wonder Woman a été précédée par Catwoman pour DC Comic. Deux échecs artistiques et public. Pour Kevin Feige, c’est la raison principale de l’absence de films de super-héroïnes aujourd’hui.

« Il a fallu lutter pendant des années contre l’idée, fausse, que les spectateurs et spectatrices ne voulaient pas voir de films de super-héroïnes, confie-t-il en septembre dernier à Entertainment Weekly. Tout ça à cause de films qui n’ont pas marché il y a quinze ans. Or, j’ai toujours pensé qu’ils n’avaient pas fonctionné, non pas parce qu’ils racontaient des histoires de femmes, mais juste parce qu’ils n’étaient pas bons. »

Sauf que comme l’écrit très justement le site de pop culture féministe The Mary Sue, les échecs d’Elektra et Catwoman sont retombés sur les femmes, qu’il s’agisse des talents à l’écran ou des spectatrices absentes des salles, alors que la même question ne s’est pas posée après Batman et Robin ou Superman Returns. Hollywood a juste rebooté les franchises, respectivement avec Batman Begins et Man of Steel. Il a fallu attendre plus d’une décennie et Wonder Woman pour que Hollywood change de mentalité. Mais encore une fois, « le film ne pouvait pas simplement être bon, commente The Mary Sue, il a dû être un carton indéniable, pour faire taire tout argument contre les super-héroïnes ».

La faute aux comics ?

Kevin Feige est lui aussi très content du succès de Wonder Woman : « Je préfère que l’on me parle du succès de telle super-héroïne que d’être confronté à la même la question que l’on me pose depuis des années : "Avez-vous peur que les gens n’aillent pas voir un film de super-héroïne ?". » Si la situation n’a pas changé grâce à lui, le boss de Marvel Studios promet plus de super-héroïnes, et même la parité, qu’un film de super-héroïne « ne soit plus une nouveauté, mais la norme ».

C’est presque la norme dans les comics, mais là aussi, il a fallu du temps, et pas seulement une décennie. Les super-héros sont nés il y a presque un siècle, et si la première super-héroïne (Fantomah) date de 1940, les femmes dans les comics ont longtemps été cantonnées aux rôles secondaires, de victimes, femmes fatales ou méchantes. Il faut attendre les années 70, et le mouvement de libération des femmes, pour avoir des personnages comme Ms. Marvel, future Captain Marvel, ou Invisible Girl devenir Invisible Woman et prendre la tête des Quatre Fantastiques.

Si les comics ne sont pas libérés du poids d’une société historiquement patriarcale, ils accueillent plus de super-héroïnes, plus de diversité et d’inclusivité également : Thor est une femme depuis 2014, Batwoman une lesbienne, Ms. Marvel une ado d’origine pakistanaise et de confession musulmane… Et Captain Marvel ? « Elle sera le personnage le plus puissant de tout l’univers Marvel » affirme Kevin Feige.