Xavier Legrand, Léa Drucker et  Alexandre Gavras, récompensés pour leur film «Jusqu'à la garde», sur les violences conjugales.
Xavier Legrand, Léa Drucker et Alexandre Gavras, récompensés pour leur film «Jusqu'à la garde», sur les violences conjugales. — Thibault Camus/AP/SIPA

FEMINISME

César 2019: Un palmarès engagé dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles

Plusieurs films récompensés parlent de violences conjugales, de violences sexuelles, et de vulnérabilité masculine

C’était une soirée finalement assez engagée, qui a fait écho aux affaires récentes de #MeToo et de la Ligue du LOL. La cérémonie des César 2019, qui a eu lieu vendredi soir, a récompensé plusieurs films qui abordent des thématiques féministes, et notamment sur les violences faites aux femmes. Jusqu’à la garde, le long-métrage choc de Xavier Legrand, a ainsi été  le grand vainqueur de la soirée, puisqu’il a remporté le César du meilleur film, mais aussi celui de la Meilleure actrice pour Léa Drucker, ainsi que Meilleur montage et Meilleur scénario original. Le film aborde la question des violences conjugales, à travers le récit éprouvant d’un couple en plein divorce.

Discours engagés

Sur scène, l’actrice Léa Drucker a prononcé un discours engagé sur les violences faites aux femmes : « Je voudrais dédier cette récompense à toutes ces femmes qui ne sont pas dans une fiction, qui sont dans cette tragique réalité. Je pense à toutes les personnes qui les accompagnent, les associations qui n’ont pas assez de moyens et qu’il faut aider. (…) La violence elle commence par les mots, on croit qu’ils sont ordinaires, on les utilise sous couvert d’humour… Je crois que ces mots-là c’est aussi le reflet d’une idéologie, peut-être dont on n’a pas tout à fait conscience, et qu’on doit tous combattre ensemble, hommes et femmes. » Elle a également salué « toutes les féministes, qui prennent la parole tous les jours pour défendre la cause des femmes ».

Le réalisateur Xavier Legrand a quant à lui rappelé, en acceptant le César du meilleur scénario, que les violences conjugales sont en hausse depuis le début de l’année : « Depuis le 1er janvier 2019, 25 femmes ont été assassinées, ce qui veut dire qu’on est passé à une femme tous les deux jours, au lieu d’une femme tous les trois jours. Je ne veux pas plomber la soirée, mais je pense qu’il serait temps de penser aux victimes un autre jour que le 25 novembre. » Il faisait ainsi référence à la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Deux films sur les violences sexuelles et la pédocriminalité

De son côté, le film Les Chatouilles a reçu le César de la Meilleure adaptation, et celui de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Karin Viard. Ce long-métrage raconte l’enfance et le traumatisme de la réalisatrice, Andréa Bescond, qui a été agressée sexuellement par un ami de ses parents à l’âge de 8 ans. Avec son mari et coréalisateur Eric Métayer, elle a donc livré un discours de remerciements très émouvant : « [Ce César] représente peut-être le fait qu’un jour on va être écoutés. Qu’on va briser les tabous, qu’on va rompre les silences, qu’on va vraiment parler et entendre nos enfants. »

Quant au César du meilleur court-métrage d’animation, il a été décerné à Vilaine Fille, un film franco-turc du réalisateur Ayce Kartal. Dans ce bouleversant film animé, une petite fille raconte ses vacances chez ses grands-parents, mais ce qui commence comme un récit mignon se transforme progressivement en souvenirs refoulés de la violence sexuelle dont la petite fille a été victime. Le film dure 7 minutes, et il est disponible en intégralité sur YouTube.

La vulnérabilité masculine récompensée

Joaquin Phoenix et John C.Reilly dans Les Frères Sisters de Jacques Audiard
Joaquin Phoenix et John C.Reilly dans Les Frères Sisters de Jacques Audiard - Shannon Besson/UGC distribution

Enfin, Les Frères Sisters a reçu de nombreux prix techniques (Meilleurs décors, Meilleure photographie, Meilleur son) ainsi que le César du meilleur réalisateur, attribué à Jacques Audiard. Cet anti-western drôle et touchant met en scène des hommes sensibles, bavards, qui parlent ouvertement de leurs émotions et finissent par rejeter la violence pourtant associée à ce genre cinématographique et à l’époque du far west.

Le Grand Bain n’a quant à lui pas raflé beaucoup de prix, à l’exception notable du César du meilleur second rôle, pour Philippe Katerine. Le film de Gilles Lellouche offre de très beaux portraits masculins, avec des personnages qui trouvent tous leur bonheur en remettant en question les stéréotypes associés à la virilité et à la masculinité toxique. Une cérémonie qui a donc mis en valeur d’excellents films, qui brisent de nombreux tabous et clichés sur les rapports de genre.