VIDEO. Effets spéciaux: «Créer des vagins en images de synthèse pour Gaspar Noé était une expérience unique»

ART Pierre Buffin, fondateur de la firme Buf, revient pour « 20 Minutes » sur sa conception des effets spéciaux à l’occasion du « Paris Images Digital Summit », du 30 janvier au 2 février…

Caroline Vié

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Pierre Buffin dans son bureau parisien
Pierre Buffin dans son bureau parisien — Caroline Vié
  • En près de 35 ans, la firme Buf s’est imposée dans le domaine des effets spéciaux visuels.
  • Son fondateur, Pierre Buffin, partage son temps entre grosses productions et films d’auteur.
  • Il craint pour l’avenir de sa société dans un secteur de plus en plus compétitif.

Voilà près de trente-cinq ans qu’il a créé Buf, firme d’effets spéciaux française mise à l’honneur lors de la cinquième édition du Paris Images Digital Summit.  Pierre Buffin profite de cette célébration pour revenir sur une carrière riche en rencontres et en réussites.

« Notre premier film, c’était La Cité des enfants perdus du duo Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet », se souvient Pierre Buffin. Une œuvre singulière « très décriée à sa sortie au milieu des années 1990 », ce que le patron de Buf « trouve injuste ». Mais qui aura eu le mérite de mettre le pied à l’étrier d’une équipe qui réunit aujourd’hui deux cents personnes à Paris, Bruxelles et Montréal.

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Récemment, des films comme Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve ou Kingsman de Matthew Vaughn ont fait appel à Buf. Mais bosser sur d’aussi grosses productions n’est pas de tout repos…

La peur au ventre

« Pour Batman et Robin de Joel Schumacher, on a travaillé avec la peur au ventre, raconte Pierre Buffin. La production nous avait menacés de pénalités de trois millions de dollars si nous étions en retard mais elle ne nous avait pas donnés de date précise de rendu. » Tout s’est bien terminé et Pierre Buffin se met moins la rate au court-bouillon. « Les Américains menacent régulièrement de faire fermer votre boîte si vous les contrariez, j’ai appris à devenir zen face à leur attitude. »

Ce qui passionne Pierre Buffin, c’est le cinéma d’auteur, moins lucratif mais très excitant du point de vue créatif. Les cinéastes Pascale Ferran (Bird People), Claire Denis (High Life) ou Lars von Trier (The House That Jack Built) ont bénéficié de l’expertise de Buf.

Des auteurs très spéciaux

« Tous ne sont pas faciles car il faut souvent discuter pour leur faire comprendre notre boulot, avoue Pierre Buffin, mais ces cinéastes ont une vision et c’est le produit fini qui compte. » Buf est même devenu coproducteur pour certaines œuvres fauchées. « Créer des vagins en images de synthèse pour Gaspar Noé était une expérience unique », plaisante-t-il en se remémorant une scène ahurissante d’Enter the Void.

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#enterthevoid #art #psychedelic #colour

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Un avenir incertain

En 2019, Pierre Buffin n’est pas tout à fait un patron serein. « Il y a de plus en plus de firmes d’effets spéciaux et les productions nous demandent de casser les prix », précise-t-il. Son enthousiasme pour son métier en fait pourtant un favori d’auteurs réputés comme David Lynch qui a confié à Buf la saison 3 de la série Twin Peaks. « Les grands cinéastes ont contribué à établir notre réputation et à maintenir notre passion pour notre métier qui garde quelque chose d’artisanal », précise Pierre Buffin. On lui souhaite de continuer très longtemps à plonger le spectateur dans des mondes fantastiques.