«Intouchables»: Pour ces militantes, les polémiques américaines auraient aussi dû avoir lieu en France

POLEMIQUES Le remake d’«Intouchables» a provoqué un tollé critique aux Etats-Unis, notamment pour sa représentation des personnes handicapées et de couleur…

JLD

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Kevin Hart et Bryan Cranston dans «The Upside», le remake US d'«Intouchables»
Kevin Hart et Bryan Cranston dans «The Upside», le remake US d'«Intouchables» — Weinstein Company

Le remake d’Intouchables sauce Etats-Unis, The Upside, est un carton d’audience. 19,6 millions de dollars de recette outre-atlantique pour son premier week-end de sortie. Il se permet même de détrôner Aquaman, pourtant solide numéro 1 jusque-là. Mais la comparaison avec son homologue français s’arrête là : The Upside s’est fait dézinguer par les critiques  américaines, quand Intouchables avait reçu un bon accueil par la presse.

Les critiques se concentrent sur deux principaux points : premièrement, le fait que ce soit Bryan Cranston, un acteur valide, qui joue le rôle principal (et handicapé), à la place d’un acteur directement concerné. Deuxio, les clichés racistes et le trop-simplisme du film sur ces questions. « Suggérer, même dans une comédie grand public, que les divisions raciales peuvent être effacées par Pavarotti et un joint relève de l’âge de pierre », a ainsi écrit Cath Clarke, de Time Out.

La France se voile-t-elle les yeux ?

Mais comment toutes ces problématiques soulevées ont-elles pu passer sous les radars en France ? Lauren Lolo, militante afroféministe et coprésidente de l’association La Cité des chances, a bien son explication sur le sujet. Tout d’abord, commençons par l’évidence. A savoir le « manque de représentation des personnes handicapées et des personnes noires ou même racisées dans la presse critique ».

Mais pour elle, le problème est plus profond. « En France, nous sommes éduqué.e.s à être colorblind, c’est-à-dire à faire semblant de ne pas voir les couleurs et donc comment elles régissent nos comportements au quotidien et notre représentation tant médiatique que cinématographique en France. Par contre, il n’est pas rare de montrer les autres pays du doigt pour ces mêmes problèmes. »

Soyons clair, pour Lauren Lolo, ce n’est pas parce que la version française a échappé aux polémiques qu’elle n’en contenait pas, loin s’en faut. Le film américain est un calque parfois à la ligne près de l’original.

Mauvaises représentations

Et la militante sort la sulfateuse en ce qui concerne la représentation des personnes noires dans le film : « On en a assez de voir des rôles clichés tels que celui-ci. Jouer éternellement le personnage tout sourire et un peu simplet qui aide le blanc à s’épanouir et à se divertir. Cette représentation a un impact sur comment on nous perçoit dans la société et parallèlement, sur le rôle qu’on pense même devoir être obligé d’occuper pour être acceptable. »

En ce qui concerne la représentation du handicap, Margot de la chaîne Youtube Vivre Avec, vidéaste et militante, rappelle le problème posé par le choix d’un acteur valide, « le meilleur moyen de s’assurer que jamais une personne handicapée n’aura de rôle dans un film. Impossible qu’une acteur ou actrice handicapé(e) se fasse connaître. Quant à l’excuse de "il n’y avait pas d’acteur handicapé connu" qui aurait amené son public voir le film, c’est le serpent qui se mord la queue. »

Handicap cliché

Alors que de nombreux associations de personnes handicapées avaient salué le film à sa sortie en France précisément pour la visibilité exceptionnelle qu’il leur offrait, Margot est plus critique. Pour elle, donner ce rôle à un valide revient à « résumer les personnages handicapés à "un valide qui fait semblant". Dans une société où on peut se faire agresser parce qu'on se lève de son fauteuil roulant, ou qu’on utilise notre carte de priorité sans handicap visible, c’est terriblement malvenu. On assiste à des cérémonies de récompense de films où un ou une valide rafle toute la mise parce que son interprétation était si "émouvante" et "touchante", "pleine d’humanité"… Parce que le handicap n’est que pitié, larmes et leçons de vie quand il est abordé par les derniers concernés. »

Bon, mais même si ce n’était pas Bryan Cranston qui jouait le rôle, le personnage du film n’échappe pas à certain clichés pour Margot. Petit récap' avec elle :

Du coup, avec les missiles tirés par la presse américaine, les questions vont-elle se poser en France ? Lauren Lolo ne le pense pas : « Tant que les problèmes structurels français tels que l’éducation à ces problématiques ou au manque de représentation dans les médias et dans les productions ne seront pas réglés, il sera toujours aussi dur d’aborder ces problématiques en France. Cependant, les réseaux sociaux tels que Twitter permettent quelques avancées car plus ces questions sont soulevées par des militants et militantes plus elles sont abordées dans les médias. »