«A Long Day’s Journey Into Night»: L'étonnante histoire d'un film qui cartonne une journée avant d'être éreinté par le public

A L'AFFICHE Lundi, « A Long Day’s Journey Into Night » a attiré le public en masse dans les salles chinoises mais les spectateurs qui s’attendaient à une comédie romantique sont tombés de très très très haut. Tout comme les entrées du film le lendemain de sa sortie…

F.R.

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Image extraite du film «Un grand voyage vers la nuit» de Bi Gan.
Image extraite du film «Un grand voyage vers la nuit» de Bi Gan. — Bac Films

Imaginiez que vous payiez votre ticket de cinéma pour vous délecter sur grand écran d’une histoire d’amour légère mais que le film en question soit en réalité bien plus exigeant et cérébral que vous l’auriez jamais imaginé. C’est ce qu’ont vécu de (très) nombreux chinois lundi en découvrant A Long Day’s Journey Into Night du réalisateur local Bi Gan… L’histoire d’un homme qui revient dans sa ville natale pour retrouver son premier amour.

Rien que pour son premier jour d’exploitation, le long-métrage a cumulé 37.9 millions de dollars de recettes – l’achat de places en prévente avait atteint des sommets – se payant le luxe de battre un blockbuster tel que Venom. Il faut dire que, comme le relate le Guardian, le film a été lancé avec une campagne marketing relativement trompeuse.

« Escrocs ! Voleurs ! »

Les projections de ce 31 décembre au soir avaient été calées pour s’achever sur les douze coups de minuit, afin que les spectateurs s’embrassent comme les personnages dans la scène finale à l’écran. Les attentes étaient d’autant plus hautes que la télévision d’État a attisé le phénomène en semblant faire de la question « Comment passerez-vous votre dernière soirée de 2018. En regardant A Long Day’s Journey Into Night ou en mangeant un copieux repas ? » une interrogation pertinente.

Pour nombre de ceux qui ont préféré la sortie ciné, la déception a été aussi dure à digérer que leur appétit de romance avait été aiguisé. Résultat, le bouche-à-oreille est catastrophique. Sur le site Maoyan (sorte de Allociné chinois), les critiques de spectateurs sont des plus acides. « C’est le pire film de l’histoire ! Escrocs, voleurs ! Je suis indigné – c’est un navet complet, la pire merde de toutes les merdes », écrit un internaute sur cette plateforme où A Long Day’s Journey Into Night plafonne à une note moyenne de 2.8/10, comme le relaye Variety.

Si les réactions ont été épidermiques, c’est que le long-métrage, hors norme, n’a rien de consensuel. Bien plus film d’auteur que bluette sans personnalité, il bascule en 3D en cours de route et se conclut par une scène de rêve, tournée en plan séquence, de près d’une heure…

« Mes collègues chargés de la promo n’ont volé personne »

Mardi, le lendemain de sa sortie, le film n’a engrangé que 1.5 million de dollars et ce mercredi, il avait dégringolé à la sixième place du box office.

En décembre, lors d’un événement autour de A Long Day’s Journey Into Night, le réalisateur Bi Gan avait répondu ainsi à aux accusations de publicité mensongère : « Mes collègues chargés de la promotion n’ont volé personne. Je ne pense pas qu’ils aient fait quelque chose de mal. Je viens d’une petite ville. Pensez-vous que ces habitants ne regardent que des [blockbusters] ? Je ne l’ai jamais cru, bien que je ne pense pas pas qu’ils vont forcément aimer mon film. »

Le public français pourra très vite se faire sa propre idée sur A Long Day’s Journey… puisque le long-métrage sortira en salle le 30 janvier sous le titre Un grand voyage vers la nuit. Il était en compétition dans la sélection Un certain regard au dernier Festival de Cannes et avait impressionné les critiques. Le Monde écrivait ainsi que cette « quête psycho-poétique » était pleine de « talent » et de « virtuosité », quand Télérama parlait de « magie pure » et Les Inrocks le qualifiaient de « superbe et énigmatique ».