«Love Actually» et «The Holiday»... Derrière les comédies de Noël, des romances truffées de clichés

SEXISME On a revu « Quand Harry rencontre Sally », « Love Actually » et « The Holiday », et à l’ère post #MeToo, ces comédies romantiques sont apparues auréolées de l’esprit de Noël du siècle dernier…

Anne Demoulin

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La "scène des pancartes" de Love Actually
La "scène des pancartes" de Love Actually — Studio canal

Au moment des fêtes de fin d’année, quoi de mieux que de se glisser sous un plaid avec un bon chocolat chaud devant une comédie romantique de Noël. Que ceux qui n’ont jamais succombé au plaisir dégoulinant des bons sentiments nous jettent la première boule… Alors, comme chaque année, on a revu nos classiques : Quand Harry rencontre Sally, Love Actually et The Holiday … Mais à l’ère post #MeTo, ces comédies romantiques nous sont apparues auréolées de l’esprit de Noël… d’un autre siècle. Voici ce que racontent vraiment ces films adorés pour une spectactrice de 2018.

« Quand Harry rencontre Sally », Rob Reiner, 1989, revu en 2018

La première rencontre entre Harry (Billy Crystal) et Sally (Meg Ryan) est un désastre. Alors qu’Harry est en couple avec la meilleure amie de fac de Sally, il se permet de lui faire des avances et lorsque Sally refuse, il la fait alors passer pour une fille coincée. Harry pense que l’amitié homme/femme ne peut pas exister, Sally pense le contraire. Lorsqu’ils se quittent à New York, elle espère ne plus jamais revoir ce goujat. Quelques années plus tard, dans un aéroport, elle espère qu’il ne va pas la reconnaître. Passée la barre fatidique des 30 ans, Sally et ses amies n’ont qu’une obsession et un seul sujet de conversation : comment se caser, parce que c’est vrai, l’horloge biologique tourne. Finalement, parce que ce n’est pas socialement acceptable d’être célibataire à 36 ans quand on est une femme, la pauvre Sally, en larmes, passe à la casserole. Et la théorie fumeuse d’Harry comme quoi une femme et un homme ne peuvent pas être amis sans coucher est validée.

« The Holiday », Nancy Meyers, 2006, revu en 2018

L’Américaine Amanda (Cameron Diaz) et l’Anglaise Iris (Kate Winslet) décident, sans se connaître, d’échanger leurs maisons pendant les vacances de Noël. Les deux trentenaires ont besoin de changer d’air parce qu’elles sont toutes deux cocues… C’est bien connu, les mecs, c’est des salauds qui trompent les filles. Magie du cinéma, Amanda rencontre le frère d’Iris (Jude Law) et Iris l’ami d’un scénariste à la retraite (Jack Black). Le gros hic vient d’Amanda. Cette business woman venue Hollywood, libre, forte, indépendante est en réalité une princesse en détresse qui a besoin d’être sauvée. Dure, insensible, elle ne deviendra une vraie femme (c’est-à-dire une femme qui pleure, sensible, qui veut faire des marmots et tenir sa maison) qu’après avoir trouvé l’amour dans les bras de Jude Law.

« Love Actually », Richard Curtis, 2003, revu en 2018

En cette veille de Noël, l’amour est partout dans Love Actually, mais dans les multiples histoires du long-métrage de Richard Curtis, c’est toujours l’homme qui fait le premier pas, sauf Mia, la caricature de la femme fatale et briseuse de couple qui drague son patron. Vous remarquerez à ce sujet que ces messieurs sont toujours mieux placés que les femmes comme le Premier Ministre (Hugh Grant) et sa secrétaire, l’écrivain britannique (Colin Firth) et sa femme de ménage portugaise… Lorsque Natalie se fait sexuellement harceler par le président des Etats-Unis, aucun soutien de la part du Premier Ministre, il ne fait que blâmer Natalie en demandant une réorganisation de son personnel, vexé parce que cela contrarie ses velléités amoureuses. Natalie présente même ses excuses à David, comme si le comportement totalement inapproprié du président était de sa faute.

Pire encore est la scène la plus emblématique du film quand Mark (Andrew Lincoln) se rend Juliette (Keira Knightley), mariée à son meilleur ami, pour lui avouer ses sentiments à l’aide de pancartes. La scène, loin d’être romantique, met en scène un harceleur, comme l’a confirmé Andrew Lincoln (souvenez-vous de la vidéo obsessionnelle du mariage). Cette poursuite romantique persistante banalise le harcèlement comme l’a montré l’étude de l’américaine Julia Lippman, experte des rapports humains. Des neuf arcs dramatiques de Love Actually, seule Sarah (Laura Linney), qui sacrifie sa vie pour son frère mentalement handicapé, a sa propre histoire. Comme elle, les personnages féminins semblent condamnés à servir les besoins des hommes.