VIDEO. PIFFF, Etrange Festival, Gérardmer, Strasbourg... Pourquoi tant de festivals du film fantastique?

FESTIVAL Le PIFFF se déroule jusqu'à dimanche au Max Linder à Paris, il est l'un des nombreux festivals français consacrés aux films de genre...

V. J.

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«Ne coupez pas!», une ode aux films de zombies et aux fans de genre, présentée au PIFFF 2018
«Ne coupez pas!», une ode aux films de zombies et aux fans de genre, présentée au PIFFF 2018 — Kôji Ichihashi / Aoki Studio

C’est presque devenu un running gag, les festivals internationaux du film fantastique ont tous décliné un acronyme similaire, avec donc le BIFFF pour Bruxelles, le NIFFF pour Neuchâtel ou le PIFFF pour Paris, dont la huitième édition s’est ouverte mardi au Max Linder Panorama. Il arrive trois mois après  l'Etrange Festival et le festival de Strasbourg, et deux avant Gérardmer, héritier spirituel de l’historique festival d’Avoriaz. Ce dernier a longtemps été le seul rendez-vous des amateurs de cinéma de genre, mais on en compte presque une dizaine aujourd’hui, avec également Hallucinations collectives à Lyon, L’Absurde séance à Nantes, le festival Mauvais genre à Tours, ou le Fantasy Film Festival à Menton. Sans oublier Sitges de l’autre côté de la frontière espagnole, la référence absolue du haut de ses 50 ans.

Une surexposition du fantastique ?

Pourquoi autant de festivals pour le genre, contre trois pour la comédie (Alpe d’Huez, Lille, Monte-Carlo), et un pour le polar (Beaune) ou la romance (Cabourg) ? « Il doit y avoir aussi pas mal de festivals sur les films italiens ou espagnols, je n’ai pas l’impression qu’il y ait une superexposition du fantastique », commente Cyril Despontin, délégué général du PIFFF. Il a raison, il existe plusieurs rendez-vous consacrés au cinéma espagnol ou aux premiers films, mais l’horreur tient la dragée haute.

L’explication ? « Des comédies et des polars sortent en salle chaque mercredi, analyse Cyril Despontin. Le spectateur n’a pas besoin de courir les festivals pour voir ces films dans les meilleures conditions possible. C’est moins le cas pour le fantastique, et encore, quand je dis « fantastique », je ne parle pas des blockbusters Marvel, mais de productions indés. Le PIFFF est aussi un festival indépendant. » Les super-héros (Avengers) et certaines figures horrifiques (Ça) squattent déjà la tête du box-office, et s’invitent maintenant dans les festivals prestigieux.

« Vous ne verrez jamais des poupées tueuses à Cannes »

« Les films de genre ont longtemps été absents des sélections des grands festivals, ou cantonnés aux séances de minuit, raconte le délégué général. Il a tout de même fallu attendre son Dracula, loin d’être un chef d’œuvre [euphémisme], pour que Cannes célèbre Dario Argento. Mais les choses changent, ces films se retrouvent aujourd’hui dans toutes les catégories, en compétition. Même si vous n’y verrez jamais un Puppet Master. Un film avec des poupées nazies tueuses ? Les sélectionneurs ne comprendraient pas. » (rires) D’ailleurs, âmes sensibles s’abstenir du trailer !

Un public toujours au rendez-vous

Selon Cyril Despontin, le Paris International Fantastic Film Festival est né pour combler le manque laissé par  le défunt festival du Grand Rex dans les années 1970-80, et malgré l’existence de L’Etrange Festival, qui célèbre autant l’horreur que la contre-culture sous toutes ses formes. « Il n’y a pas de souci de programmation avec L’Etrange Festival, nous n’avons d’ailleurs aucun film en commun cette année », précise le responsable du PIFFF. C’est en revanche plus souvent le cas avec le festival de Gérardmer. « On voit plus de 300 films, il y a toujours moyen de projeter des films inédits. » Et parfois des films non fantastiques, à l’instar de Bodied en 2017… sur des battles de rap ! « L’occasion fait le larron, avoue Cyril. C’est du cas par cas. La chronique ado WE est ainsi à la limite, mais on a décidé de la montrer quand même. » Malgré l’absence de soutien de la ville et de la région, le PIFFF survit bien grâce à un public toujours plus au rendez-vous.