VIDEO. «Les Filles du soleil»: Comment Golshifteh est devenue aussi forte que ses personnages

GUERRE Ce n'est pas la première fois que l'actrice iranienne Golshifteh Farahani incarne une héroïne à son image, belle et rebelle, courageuse de surcroit, comme la cheffe d'une bande de combattantes kurdes aux prises avec Daesh dans «Les Filles du soleil», en salle le 21 novembre...

Stéphane Leblanc

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Golshifteh Farahani dans Les Filles du Soleil
Golshifteh Farahani dans Les Filles du Soleil — Maneki Films

Elle est belle et volontiers rebelle, Golshifteh Farahani. L'actrice iranienne n’en finit pas d’irradier les écrans de sa présence lumineuse avec des rôles qui lui vont comme un gant : mère de famille décomplexée dans A propos d’Elly de son compatriote Asghar Farhadi (2009), épouse afghane aux secrets inavouables dans Singue Sabor d’Atiq Rahimi (2012), Nefertari dans Exodus de Ridley Scott (2014), épouse pétillante d’Adam Driver dans Patterson de Jim Jarmusch (2016) ou de Pio Marmaï dans Santa et Cie d’Alain Chabat (2017)…

La revoici, telle qu’elle-même, farouche, rebelle, et rancunière, prête à buter le moindre violeur de femmes et assassin d’enfants dans Les Filles du soleil, film de guerre et ode féministe signé Eva Husson.

Golshifteh est une licorne

L’actrice iranienne ressemble à ses personnages. A moins que ses personnages soient à son image, fortes comme l’est Bahar, la cheffe des combattantes yézidies qu’elle incarne dans Les Filles du soleil pour diriger des opérations de guérilla contre Daesh avec pour slogan « Ils nous violent, on les tue ». « C’est vrai qu’il m’est arrivé de me demander si c’est moi qui ai choisi le rôle ou si c’est le rôle qui m’a choisie, confie Golshifteh à 20 Minutes. Mais je crois au destin : la première fois que j’ai tourné un film, je jouais une fillette de 14 ans qui rêve de partir à Paris pour devenir actrice… »

Depuis, elle collectionne les rôles de femmes fortes, qui refusent d’accepter ce qui leur est imposé par des hommes sous prétexte qu’elles sont des femmes. « Le personnage de Bahar est un mix de ce qu’est Golshifteh dans la vraie vie, de ce qu’elle m’inspire, agrégé au parcours de plusieurs femmes qui m’ont marquée et dont j’ai recueilli les témoignages, confirme la réalisatrice Eva Husson. Ma chance, c’est que Golshifteh a une force intérieure pour faire croire à cette histoire et le charisme nécessaire pour porter l’espoir de ces filles au combat… Pour moi, Golshifteh est une licorne : un animal mythique dont on ne croit à l’existence qu’après l’avoir rencontré. »

Golshifteh interdit d’interdire

« J’ai un caractère qui n’accepte pas ce qui est forcé, depuis que je suis toute petite, reprend l’actrice. Enfant, si on ne me disait rien, je ne faisais rien, mais dès que quelqu’un me disait de ne pas faire ceci ou cela, je m’empressais de le faire aussitôt. » C’est ainsi que le destin de Parvana a rejoint le sien, dans le très beau dessin animé Parvana, une enfance en Afghanistan primé au Festival d’Annecy et auquel elle prête sa voix. « Ce que fait cette petite fille, se couper les cheveux pour ressembler à un garçon parce que son père a été arrêté et qu’elle doit trouver le moyen de faire vivre sa famille à Kaboul, je l’ai fait moi aussi à Téhéran, même si c’était juste pour faire du vélo, se rappelle Golshifteh Farahani. En Iran sous l’ayatollah Khomeini comme dans l’Afghanistan des talibans, renoncer à sa féminité en se faisant passer pour un garçon est le seul moyen de sortir seule dans la rue ».

Golshifteh se dé-voile sans sous-entendus

Renoncer à sa féminité ? Hors de question pour Golshifteh qui, après quelques films dans son pays (parmi lesquels A propos d’Elly, le premier succès d’Asghar Farhadi), n’a pas résisté à l’appel des cinéastes étrangers. On le lui a reproché, au point de subir interrogatoires et humiliations. « Les autorités n’ont pas accepté que je parte sans demander l’autorisation, explique-t-elle. Pourtant, rien ne m’obligeait à le faire à l’époque, ce n’est qu’après que c’est devenu obligatoire. » Accepter de poser nue pour le photographe Paolo Roversi et se retrouver dé-voilée en couverture d’Egoïste n’a rien arrangé « J’étais enceinte, j’y suis allée sans penser aux conséquences que cela provoquerait et d’ailleurs je m’en fichais… »

Golshifteh est un bâton de dynamite

Depuis, Golshifteh ne peut plus rentrer dans son pays, mais ne donne pas l’impression d’en éprouver du regret… « J’ai toujours pensé que rien devait m’empêcher de faire ce que j’estime juste de faire. Je me suis piégée moi-même plusieurs fois, mais ce bâton de dynamite que je lâchais sur le pont derrière moi m’a permis d’éclairer mon chemin et celui de beaucoup de personnes à ma suite. »

Par ses actes et le choix de ses rôles, l'actrice se sent une responsabilité, comme si elle était le porte-parole de femmes opprimées ? « Oui, je le suis devenue malgré moi, depuis que je suis toute petite, je suis celle vers qui on se tourne quand il y a un problème. Plus qu’un porte-drapeau, je crois que je suis le drapeau… »