VIDEO. «After My Death»: Le suicide des adolescents, drame national en Corée du Sud

THRILLER A l’occasion de la sortie de « After My Death », en salle le 21 novembre, la spécialiste de la Corée Juliette Morillot explique à « 20 Minutes » les raisons du mal-être des adolescents coréens…

Caroline Vié

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After My Death de Kim Ui-Seok
After My Death de Kim Ui-Seok — Capricci
  • « After My Death » brode autour du suicide d’une adolescente et de ses raisons.
  • La pression que subissent écoliers et lycéens provoquent de nombreux drames, au point que les suicides d’adolescents sont devenus un problème national en Corée du Sud.

After My Death de Kim Ui-Seok entraîne le spectateur dans un lycée de Corée du Sud où une adolescente, harcelée par ses condisciples, se donne la mort. Le réalisateur de The Murderer livre un film très dur qui n’est pas sans rappeler la série 13 Reasons Why. Si le suicide des jeunes semble est un phénomène international, « il est plus aigu encore en Corée où il est considéré comme un choix de vie respectable », explique à 20 Minutes Juliette Morillot.

Cette experte de la péninsule coréenne (dont l’ouvrage Le Monde selon Kim Jong-Un est sorti en février aux éditions Robert Laffont), connaît bien la question. Si la Corée du Sud n’a rien d’une dictature, les jeunes y subissent une pression qui les pousse parfois à commettre l’irréparable.

La fille qui porte toutes les fautes

« La Corée est régie par une société confucéenne très hiérarchisée, ce qui est très bien montré dans le film, précise Juliette Morillot. Les enfants sont traités comme des rois jusqu’à l’école. Les professeurs sont alors chargés de les faire entrer dans le moule. » L’héroïne, harcelée jusqu’à perdre l’envie de vivre, est emblématique de ce phénomène que résume le titre coréen du film : « La fille qui porte toutes les fautes ». Sa culpabilité est si lourde qu’elle ne peut plus la supporter. Et cela d’autant plus qu’elle est aussi harcelée sur les réseaux sociaux.

Impensable de se singulariser

« Les adolescents sont à la fois écrasés par la fatigue, le poids de l’honneur familial et le besoin de se conformer au modèle qui leur est imposé, explique Juliette Morillot. En Corée, il est impensable de se singulariser. » Les personnages errant dans les couloirs du lycée, souvent filmés de dos, renforcent cette impression d’uniformisation forcenée. Quand les visages apparaissent, souvent trop maquillés, la détresse qu’ils expriment n’en est que plus palpable.

Halte aux suicides

Les suicides sont si nombreux, frappant parfois des enfants d’une dizaine d’années, que les autorités ont pris des mesures. Des lignes de soutien psychologique et des patrouilles « d’anges gardiens » chargés de dissuader les suicidaires ont été mises en place. « La violence larvée que subissent les élèves est parfaitement décrite dans After My Death », insiste Juliette Morillot. Cette œuvre extrêmement âpre fait partager le cauchemar de son héroïne tout en donnant à réfléchir sur notre propre société.