VIDEO. Tournage «horrible», comportement proche du «harcèlement moral»... Abdellatif Kechiche, un réalisateur controversé

PORTRAIT Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour agression sexuelle après une plainte déposée le 6 octobre par une femme.

L.B.

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Abdellatif Kechiche, le 10 février 2014.
Abdellatif Kechiche, le 10 février 2014. — BALTEL/SIPA
  • La plaignante « affirme avoir dîné, dans la nuit du 23 au 24 juin dernier, avec le réalisateur dans un appartement à Paris dans le 20e arrondissement », selon BFMTV, qui a révélé l’information.
  • Le réalisateur conteste les faits.
  • Le cinéaste est aussi connu pour ses « tournages difficiles » et a été plusieurs fois montré du doigt par ses équipes (actrices et techniciens).

Ses films, exigeants, ne laissent personne indifférent. Abdellatif Kechiche est connu pour découvrir des talents : Sara Forestier (L’Esquive), Hafsia Herzi (La graine et le Mulet), Adèle Exarchopoulos (La vie d’Adèle). Si le réalisateur compte une Palme d’or et près d’une dizaine de Césars à son actif, il est aussi connu pour ses « tournages difficiles » et a été plusieurs fois montré du doigt par ses équipes (actrices et techniciens).

 

Si, depuis cinq ans, il s’était fait plus discret, Abdellatif Kechiche fait ce mercredi l’objet de nouvelles accusations. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour agression sexuelle après une plainte déposée le 6 octobre par une femme contre lui, selon l’AFP qui confirme une information de BFMTV. Retour sur une figure majeure du cinéma français qui a déjà connu quelques turbulences.

Polémique sur la Croisette

Rien ne semblait arrêter Abdellatif Kechiche depuis le sacre de L’Esquive en 2004 -il rafle quatre statuettes aux Césars-. En 2007, il envoûte la critique avec la danse endiablée de Hafsia Herzi dans La graine et le mulet. Même résultat, ou presque, à la cérémonie des Césars avec trois récompenses. En 2013, le cinéaste se fait remarquer avec La Vie d’Adèle, l’adaptation du roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh qui met en scène une histoire d’amour entre la toute jeune Adèle (Adèle Exarchopoulos) et Emma (Léa Seydoux). A Cannes, où le film est présenté, le succès est au rendez-vous, les polémiques aussi.

En plein milieu du Festival de Cannes, le Syndicat des professionnels de l’industrie de l’audiovisuel et du cinéma a dénoncé dans un communiqué tous les manquements au Code du travail durant les cinq de mois de tournage, de mars à août 2012. Le lendemain, les témoignages de sept intermittents du spectacle publié dans Le Monde enfoncent le clou. Ils décrivent un climat lourd et des comportements proches du « harcèlement moral ». « Le tournage était prévu pour deux mois et demi. Finalement il a duré le double, à budget constant. Et pour faire du Kechiche, il faut être là à 100 %. Sur cinq mois, c’est pas tenable », décrit anonymement l’un d’eux. Le film est toutefois couronné sur la Croisette et rien ne semble gâcher le bonheur de l’équipe.

« Etre nue toute la journée, c’est difficile »

En tournée américaine au mois de septembre de la même année, les deux actrices principales s’épanchent auprès de The DailyBeast sur leurs conditions de travail. Léa Seydoux ne se censure pas. « C’était horrible », lâche-t-elle après avoir décrit un tournage interminable et une scène de sexe tournée pendant dix jours. « Ce n’était pas : « OK, aujourd’hui, nous allons tourner la scène de sexe ! » Non, c’était dix jours ! », explique Léa Seydoux. « Etre nue toute la journée et effectuer différentes positions sexuelles, c’est difficile », admet pour sa part Adèle Exarchopoulos. Le verdict est sans appel. Elles ne veulent plus travailler avec Abdellatif Kechiche.

Ces déclarations ont « sali » le film, avait jugé le cinéaste auprès de Télérama quelques jours plus tard. « Moi, je n’irais pas voir le film du cinéaste sadique et tyrannique dont on fait le portrait aujourd’hui ! C’est comme si on se rendait à un mariage en sachant qu’en vérité les mariés se détestent. Ces déclarations, c’est pire que de cracher dans la soupe, c’est un manque de respect pour un métier que je considère comme sacré », confiait-il au magazine culturel. En parallèle, il perd son procès qui l’oppose à la société de production MK2. Accusé de ne pas avoir respecté ses engagements, il est condamné à verser 180.000 euros en 2015.

Comme pour en finir avec ce film cauchemardesque, il a fini par vendre sa Palme d’or en 2017 pour financer  Mektoub my love, Une fresque dionysiaque qui laisse penser à sa sortie en mars dernier que l’orage s’est enfin dissipé. Mais non. Le nom d’Abdellatif Kechiche fait à nouveau les gros titres ce mercredi. Il est accusé d’avoir agressé sexuellement une jeune femme. Des faits qu’il conteste.