Matt Dillon dans The House That Jack Built de Lars von Trier
Matt Dillon dans The House That Jack Built de Lars von Trier — Concorde Filmverleih GmbH / photo by Zentropa: Christian Geisnaes/Les fims du Losange

SAIGNANT

VIDEO. «The House That Jack Built»: Des meurtres, Lars von Trier n'en commet «qu'au cinéma»

« The House That Jack Built », portrait d’un tueur en série en salle le 17 octobre, montre que Lars von Trier n’a rien perdu de son humour provocateur, comme il le prouve à « 20 Minutes »…

  • « The House That Jack Built » marquait cette année le grand retour de Lars von Trier au Festival de Cannes.
  • Ce portrait d’un tueur en série incarné par Matt Dillon est une merveille d'humour noir.
  • Même s'il n'a jamais assassiné personne, le réalisateur s’identifie à certains côtés du tueur (mais pas tous).

Le scandale est un peu la marque de fabrique de Lars von Trier. Considéré persona non grata au Festival de Cannes en 2011 après des propos sur les nazis, le réalisateur danois de 62 ans y était de retour cette année hors compétition avec The House That Jack BuiltMatt Dillon incarne un dandy tueur en série.

« J’ai certains des défauts de Jack, mais je n’ai jamais tué personne, déclare Lars von Trier à 20 Minutes. Les meurtres, je ne les commets qu’au cinéma ! » Le cinéaste s’étonne que certains puissent penser qu’il a réellement blessé un caneton ou utilisé de vrais cadavres sur le tournage.

Lars Von Trier après notre interview #housethatjackbuilt

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Pas misogyne pour deux sous

« Les gens me prennent pour un monstre, alors que je ne ferai pas de mal à une mouche dans la vraie vie », soupire-t-il. Au cinéma, c’est différent. Uma Thurman et Riley Keough peuvent en parler, depuis qu’elles sont venues remplir la collection d’un assassin beau parleur et un tantinet misogyne. « Ce n’est pas moi !, clame Lars von Trier. J’aime les femmes. » Pour l’autoportrait, mieux vaut chercher du côté du narrateur incarné par Bruno Ganz, qui n’hésite pas à railler le psychopathe sentencieux.

Humour noir à sang pour sang

Il reste que l’humour du cinéaste a pris quelques spectateurs à rebrousse-poil, notamment lors d’une séquence mettant en scène une mère et ses enfants. « Je ne prétends pas faire du cinéma grand public, insiste Lars von Trier. Je pratique un humour très noir et je comprends qu’on puisse y être réfractaire. » Quiconque y adhère éclatera souvent de rire devant les hauts faits de Jack.

Lars fait l’art

Le tueur se considère comme un artiste tentant de réaliser un chef-d’œuvre. « En ce sens, je me sens proche de lui car j’espère toujours parvenir à la perfection tout en sachant qu’elle est inaccessible », avoue Lars von Trier. Adapte de la photographie et de la sculpture macabres, Jack est fort inventif quand il s’agit de jouer avec les restes de ses victimes. « Sans excuser ses actes, j’aimerais que le spectateur s’attache à lui, reconnaît le cinéaste. C’est une façon de le confronter au goût pour la violence que nous ressentons tous à divers degrés. »

Entre compassion et fascination

Lars von Trier met le public en porte-à-faux entre sa compassion pour les victimes et sa fascination pour son héros. Son nouveau film The House That Jack Built est à réserver à un public averti, mais son côté politiquement incorrect secoue agréablement. La « maison que Jack a construite » réserve son lot de recoins surprenants qu’on est heureux de découvrir avec lui.