VIDEO. «Dilili à Paris»: Michel Ocelot donne une sœur de cœur au vaillant Kirikou

ANIMATION Michel Ocelot invente une déclinaison féminine du personnage de Kirikou qu’il plonge dans les fastes de la Belle Epoque et confronte à ceux qui refusent l’émancipation des femmes…

Stéphane Leblanc

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Dilili à Paris, ici dans un lac du Bois de Boulogne
Dilili à Paris, ici dans un lac du Bois de Boulogne — MARS FILMS
  • Avec Dilili a Paris, Michel Ocelot invente une déclinaison féminine du personnage de Kirikou qu'il plonge dans les fastes de la Belle époque où elle croise un nombre invraissemblable de personnalités.
  • Outre déjouer les remarques racistes de certains Parisiens, la petite fille kanake se donne pour mission de délivrer des fillettes kidnappées par une société secrète qui lutte contre l'émancipation des femmes.
  • Michel Ocelot reste fidèle à ses convictions: défendre avec malice les opprimés dans des films d'animation qui s'adressent au plus grand nombre, et en aucun cas uniquement aux enfants.

Avec Dilili a Paris (qui sort en salles le 10 octobre), Michel Ocelot invente une déclinaison féminine du vaillant Kirikou, qu’il plonge dans les fastes de la Belle époque, alors que l’intrigue, une sombre histoire d’enlèvement de fillettes, résonne d’une brûlante actualité…

Dilili est petite, mais autour d’elle tout est beau

Le réalisateur aime les couleurs et ça se voit dans le film. Il aime les vêtements colorés, « parce que le noir n’existe pas dans la nature », explique-t-il à 20 Minutes (en scrutant la belle chemise de son interlocuteur). Et les personnages de couleurs. « Quand j’ai voulu traiter du Paris de la Belle époque, je me suis rendu compte à quel point les gens étaient blanchâtres à cette époque. D’où l’idée d’une petite héroïne métisse kanake, parce que cette idée me ressemble, et parce que je sais aussi, depuis Kirikou, que c’est ce qu’on attend de moi. » Loin d’être blanche, mais pas tout à fait noire, Dilili subit les affres du racisme colonialiste du début du 20e siècle en même temps qu’elle vit l’expérience pas facile d’être une fille.

« Au départ, Dilili devait être un garçon, note Michel Ocelot. Et puis j’ai pensé qu’il serait préférable d’en faire une petite fille, car la résistance à l’éducation des filles était très active à l’époque. »

Par manque de temps et de moyens pour dessiner Paris, Michel Ocelot a photographié tous les décors du film, effacé les voitures des rues de Paris, ainsi que les affiches et le mobilier urbain, puis repeint le tout dans les couleurs de la Belle Epoque. Et le résultat est superbe.

Trop beau pour être vrai ? Peut-être, mais cette exagération est à l’image de l’invraisemblable défilé de personnalités que rencontre Dilili dans le film : Monet, Picasso, Rodin, Toulouse Lautrec, la Goulue, Sarah Bernhardt, Pasteur, Marie Curie, Proust, Debussy… Michel Ocelot se régale. Les plus érudits des parents feront de même. Mais les plus jeunes ? « Je ne suis pas un réalisateur de films pour enfants », martèle Michel Ocelot.

Dilili est petite, mais elle est cultivée

Au moins, les marmots qui ont reçu la même bonne éducation que Dilili apprécieront sa belle robe blanche, ses bonnes manières et son sens de la repartie. Quand un personnage demande à Dilili « Toi y en a parler français ? », la petite fille a cette réponse opportune : « Apparemment mieux que vous, Monsieur ».

Pour fustiger les clichés racistes et colonialistes, Michel Ocelot, qui a grandi en Afrique et acquis sa popularité avec le personnage de Kirikou, fait toujours preuve d’un humour qui fait mouche. Et il n’est pas d’accord non plus avec la vision contemporaine des expositions de Kanaks ou d’Africains dans des zoos humains. « Pour en avoir parlé avec Emmanuel Kasarherou, ex-conservateur du musée Tjibaou à Nouméa qui est maintenant au musée du Quai Branly, je sais que beaucoup d’entre eux étaient volontaires, avaient un contrat, étaient payés. Il y a sans doute eu des abus, mais d’une façon générale, on n’aurait pas pu retenir des gens qui refusaient leur sort, le spectacle aurait été mauvais. Dans mon film, Dilili est consentante et je la comprends : c’est fascinant d’aller à l’autre bout du monde pour montrer comment on vivait. »

Mais si Dilili est heureuse de montrer sa culture aux Occidentaux, elle attend des Parisiens qu’ils la voient comme elle est : une petite fille intelligente et bien élevée, la meilleure élève en Nouvelle Calédonie d’une certaine Louise Michelle, devenue enseignante après sa déportation à Nouméa…

Dilili est petite, mais (comme Kirikou) elle est vaillante

Très vite, le défilé féérico-exotique du début bascule dans une intrigue qui se noue autour d’un enlèvement de fillettes que Dilili, avec l’aide de ses nouveaux et illustres amis, n’aura de cesse de vouloir délivrer. Les méchants du film sont regroupés au sein d’une société secrète (on ne parlait pas de secte à la Belle Epoque), les « Mâles-Maîtres », qui meublent leur intérieur avec des femmes mises à « Quatre-pattes » et recouvertes d’un voile noir pour servir de tables basses.

« Je savais qu’on penserait aux musulmans, assure Michel Ocelot… Mais je ne vise pas une secte ou une religion en particulier, se défend-il. Des hommes qui piétinent les femmes, il y en a partout hélas. Ce film est une parabole. » Il n’empêche que la charge n’est pas très fine et le cinéaste paraît là moins à son aise que sur la question du racisme ambiant ou de la condition des personnes métissées.

« Malgré tout, une femme meurt tous les trois jours des coups portés par son compagnon, rappelle-t-il, et des excisions sont toujours pratiquées sur des fillettes en France… » Cette actualité, qui le préoccupe, a incité le réalisateur à accepter la proposition de l’Unicef de faire de sa petite Dilili la messagère de l’organisation. « Nous, les filles, avons le droit de grandir, de découvrir le monde et d’étudier en sécurité. […] Nous délivrerons toutes les filles pour qu’elles puissent vivre leur enfance », promet-elle dans le clip adapté du film.