VIDEO. «Blindspotting»: Le racisme au-delà des clichés en noir et blanc

THRILLER «Blindspotting», en salles le 3 octobre, surprend constamment par ses changements de ton pour brocarder le racisme aux Etats-Unis...

Caroline Vié

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 Daveed Diggs et Rafael Casal dans Blindspotting de Carlos Lopez Estrada
Daveed Diggs et Rafael Casal dans Blindspotting de Carlos Lopez Estrada — Ariel Nava/Metropolitan FilmExport
  • Les avenutres de deux potes, un Noir et un Blanc, en disent long sur le racisme aux Etats-Unis.
  • Le réalisateur évite les clichés en surprenant constamment le spectateur.
  • Le film a rçu le prix de la Critique au Festival de Deauville.

Blindspotting a maintenu les spectateurs du Festival de Deauville en apnée sur le bord de leurs sièges avant de remporter le prix de la Critique. Carlos Lopez Estrada prend le public par surprise en confrontant son héros, jeune Black en liberté conditionnelle, a une bavure policière où il voit un Noir se faire tuer sans raison.

On pourrait alors croire que tout le film va tourner autour de cette tragédie mais le réalisateur et les scénaristes Daveed Diggs et Rafael Casal, également acteurs principaux du film, ont plus d’un tour dans leur sac pour dénoncer le racisme et l'exclusion. La relation entre un jeune Blanc tête brûlée et son ami d’enfance noir qui esssaye de se ranger, est le moteur de ce film tourné à Oakland près de San Francisco.

Détourner les codes

Chaque scène qu’on imagine archétypale est savamment détournée pour prendre le public au débotté. Une séquence à la limite du soutenable où un gamin joue avec un flingue chargé, ou celle où un flic assassin rencontre le témoin de son crime sont de beaux exemples de maîtrise pour ce premier film. « Nous avons joué avec les codes des Buddy Comedy comme L’Arme fatale, explique Daveed Diggs sur le site IndieWire, pour parvenir à faire rire et à angoisser à fois. » Blindspotting évolue en équilibre entre humour et suspense - sans oublier le rap, un cocktail détonnant.

Colère et exclusion

Le Noir qui craint pour sa vie dès qu’il croise une voiture de police et le Blanc rendu fou furieux par la gentrification de sa ville sont des personnages forts. « Ils ont raison tous les deux dans leur colère face au racisme et à l’exclusion », insiste Daveed Giggs. Pourtant, c’est le Noir qui est toujours pointé du doigt et du flingue quand les crises de violence de son ami les mettent en mauvaise posture. Couleur de peau et classe sociale sont deux handicaps sérieux pour les héros mais ce qui change tout est que la première est immédiatement identifiable !

Un film et un livre

L’Amérique que révèle Blindspotting correspond à une réalité que dénonce aussi l’excellent livre Black Out, les disparues de South Central de Cécile Delarue (éditions Plein Jour) sur un tueur en série qui a assassiné des femmes noires en toute impunité pendant plusieurs décennies. Ces deux œuvres passionnantes ont pour point commun de dénoncer une justice à deux vitesses dont les pauvres et les Noirs sont trop souvent les victimes. De quoi donner à réfléchir au cas où ces phénomènes auraient le mauvais goût de traverser l’Atlantique.