Festival de Strasbourg: La femme, figure indispensable du cinéma fantastique

FESTIVAL Le festival européen du film fantastique de Strasbourg consacrait une rétrospective de dix films à la femme fantastique, parfait pour préparer sa soirée cinéma d'Halloween...

Vincent Julé

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Isabelle Adjani dans «Possession» et Jamie Lee Curtis dans «Halloween», deux femmes fantastiques
Isabelle Adjani dans «Possession» et Jamie Lee Curtis dans «Halloween», deux femmes fantastiques — NANA PRODUCTIONS/SIPA - RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Sa maintenant célèbre zombie walk (roarr), la projection de L’Exorciste dans une église (brrr), une nuit de nanars (ah ah), une masterclass de John Landis (amen)… Le Festival européen du film fantastique de Strasbourg régale les fans de genre depuis le 14 septembre, et jusqu’à dimanche, avec une programmation riche et éclectique.

Mais une rétrospective en particulier a retenu notre attention, « Chromosomes XX », dix films pour revenir sur la figure de la femme dans le cinéma fantastique, avec les chefs d’oeuvre La Féline de Jacques Tourneur, Soeurs de sang de Brian De Palma, Aux frontières de l’aube de Kathryn Bigelow ou Possession de  Andrzej Zulawski. Une conférence était même proposée par deux universitaires pour décrypter ce chromosome indispensable à l’horreur.

Une question identitaire 

« Tous ces films baignent dans l’imaginaire, et l’image peut prendre la forme qu’elle veut, et il en va de même des représentations de la femme, explique Yola Le Caïnec, enseignante à l’université de Rennes. Certaines de ses formes sont même assez étonnantes, difficilement assimilables par le public. Prenons par exemple Possession avec Isabelle Adjani en position christique, de victime, avec une créature tentaculaire, phallique, ou encore la scène culte du métro.

L’actrice y est seule, comme possédée. Un plan-séquence éprouvant, qu’elle termine agenouillée, mais redressée, prête à s’envoler, à se libérer. Selon elle, le fantastique, à la différence du merveilleux, a encore un pied dans le réel, et la femme fantastique est au seuil de deux mondes, dans une dualité qui peut être intérieure comme extérieure, une question identitaire parfaitement résumée dans Possession : « Je ne peux exister moi-même parce que je suis effrayée par moi-même. » 

La final girl et la pin-up

Pour Mélanie Boissonneau, docteure en études cinématographiques et audiovisuelles à Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, cette dualité implique une ambiguïté, surtout dans le cinéma horrifique français. « Aux Etats-Unis, ils ont la figure de la

final girl, physique androgyne, plus maline que les autres, c’est Laurie Strode dans Halloween, détaille-t-elle. Et il y a la pin-up qui se fait tuer très vite, comme dans Scream avec la porte du garage. Mais en France, c’est différent, plus complexe, plus ambigu. Prenez Cécile de France dans Haute Tension, elle répond a priori à tous les critères de la final girl, et pourtant…

Le cinéma français détourne les stéréotypes

Dans la production française des années 2000, la bien nommée « French Frayeur », l’horreur se conjugue presque exclusivement au féminin, il suffit de mettre côte à côte les affiches d’A l’intérieur, Livide, Martyrs ou Evolution pour s’en rendre compte. « Les femmes sont mises en avant, représentées sous toutes les formes, alors qu’une étude montre encore que les femmes ne prononcent que 27% des dialogues d’un film américain, même si elles en sont la star [Star Wars - Rogue One] », commente l’universitaire.

Le cinéma français tourne le cou aux stéréotypes. Dans A l’intérieur, la méchante Béatrice Dalle finit par s’humaniser, alors que l’héroïne Alysson Paradis devient le monstre, de même que des éléments de la domesticité (aspirateur, aiguille à tricoter…) sont détournés de leur usage d’origine et transformer en armes. »

Une reconfiguration du désir

Mélanie Boissonneau souligne également que tous ces films français ont en commun leur intérêt pour la filiation, la maternité, en opposition à la virginité, encore la meilleure protection contre le mal aux Etats-Unis. Même dans Martyrs, les chaînes peuvent être vues comme des cordons ombilicaux, reliées ici à un ailleurs, à la mort. Yola Le Caïnec explique que le cinéma fantastique est celui de la reconfiguration du désir féminin : « Il s’agit de se libérer d’un monde patriarcal, d’une relation ou d’un mariage, pour une nouvelle aventure, de laquelle l’homme n’est d’ailleurs pas exclu, et une prise de conscience collective. »