«Mission: Impossible - Fallout»: Une franchise à la gloire de Tom Cruise ou à l'image de ses réalisateurs?

ACTION «Mission: Impossible» avait la particularité de changer de réalisateur à chaque film, enfin  jusqu'au dernier épisode «Fallout», en salle le 1er août prochain...

Vincent Julé

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«Mission : Impossible - Fallout» se déroule en grande partie à Paris
«Mission : Impossible - Fallout» se déroule en grande partie à Paris — Paramount Pictures

Paris accueille ce jeudi l’avant-première mondiale du nouveau Mission : Impossible, tourné en majorité dans la capitale, de l’esplanade du Trocadéro à l’Arc de Triomphe en passant par le Grand Palais. Une bonne partie de l’équipe sera présente, avec le metteur en scène Christopher McQuarrie, le nouveau venu Henry Cavill et bien sûr Tom Cruise. Déjà plus de vingt ans et six films que la star court après les terroristes, au point qu’il en a fait sa bio Twitter : « running in movies since 1981 ».

Si l’acteur joue dans d’autres films (La Momie et Barry Seal pour les plus récents), Mission : Impossible reste le meilleur moyen de prendre des nouvelles sur sa santé à la fois physique et au box-office. Mais aussi sur l’état du cinéma d’action. Car la saga a la particularité de prendre des réalisateurs que l’on peut qualifier d’auteurs et non de simples faiseurs et d’en changer à chaque épisode. Enfin, jusqu’à Fallout.

« Mission : Impossible », de Brian De Palma

Votre mission, si vous l’acceptez, sera de tout casser. Lorsque le premier film sort en 1996, Mission : Impossible est surtout une série des années 1960-1970, avec son thème musical, cette allumette que l’on gratte et le grisonnant chef de l’IMF, Jim Phelps. Il est de retour sur grand écran, sous les traits de Jon Voight, et il est… le méchant. Spoiler ! En fait, le film prend un malin plaisir à déconstruire les codes de la série, pour en proposer de nouveaux autour d’Ethan Hunt, le jeune agent joué par Tom Cruise.

Les fans ont vu tout rouge, mais on n’en attendait pas moins de Brian De Palma, réalisateur de Blow Out et Body Double, et spécialiste du faux-semblant. Au-delà des grandes lignes qui seront reprises dans les épisodes suivants [Ethan est lâché par sa hiérarchie et doit se débrouiller seul], ce premier Mission : Impossible s’impose comme un mètre étalon du film d’action, avec des scènes spectaculaires et cultes : le restaurant, le coffre-fort et le final dans le tunnel sous la Manche.

« Mission : Impossible 2 », de John Woo

On prend pas du tout les mêmes, et on recommence. La franchise dévoile sa vraie nature, changeante donc, avec cette suite qui n’entretient presque aucun rapport thématique ou esthétique avec le premier. Tom Cruise reste le seul maître à bord, et c’est d’ailleurs lui qui choisit John Woo après son chef d’oeuvre Volte/Face. Le cinéaste hongkongais refait d’ailleurs quasiment le même film, et adapte son style unique au blockbuster hollywoodien, jusqu’au vertige pour certains, à la caricature pour d’autres : scènes d’action chorégraphiées comme des ballets, ralentis et colombes à gogo, etc.

C’est aussi l’épisode dans lequel Tom Cruise décide de donner des sueurs froides aux assureurs en réalisant lui-même des cascades pas possibles - mais pas impossibles -, genre je-te-monte-une-montagne-à-mains-nues-et-vous-ça-va. Une autre marque de fabrique de la série.

« Mission : Impossible 3 », de J.J. Abrams

Avec le choix de J.J. Abrams, qui plus est pour son premier film de cinéma en tant que réalisateur, Mission : Impossible assume un retour à une certaine sérialité et même humanité qui lui manquait ou qu’elle avait mis de côté. Car J.J. Abrams est alors l’homme d’Alias, série d’espionnage et de famille, de missions et de sentiments. Ethan Hunt a ainsi une femme (Michelle Monaghan), une protégée (Keri Russell), un ami (Simon Pegg)… des gens à protéger, et à aimer. Même s’il part relancer d’autres franchises (Star Trek, Star Wars), J.J. Abrams restera producteur des films suivants, infusant du lien, du feuilletonnant à une saga adepte jusque-là du grand écart.

« Mission : Impossible - Protocole Fantôme », de Brad Bird

Après J.J. Abrams, Mission : Impossible confirme son audace et son goût du risque en confiant le quatrième opus à Brad Bird, réalisateur de Ratatouille et des Indestructibles. C’est donc son premier film live, et un pur exercice de mise en scène, où l’homme - et Tom Cruise - est sans cesse remis au coeur de l’action, alors que tout autour de lui, les plans, les gadgets, les voitures, tombent en panne, ou tombent littéralement. Pas étonnant que sa cascade au sommet du Burj Khalifa soit encore considéré comme le tour de force de la franchise.

« Mission : Impossible - Rogue Nation », de Christopher McQuarrie

Ah ouais ? Et si je m’accrochais à un avion cargo en plein décollage ? Si la promotion de Rogue Nation met en avant les exploits surhumains d’un Tom Cruise invincible, il y a derrière un vrai film, et encore une fois un film d’auteur. Scénariste de Bryan Singer (Usual Suspects, Valkyrie) et réalisateur de Jack Reacher, déjà avec Tom Cruise, Christopher McQuarrie signe un épisode en apparence acquis au fun et à l’efficacité, voire à l’épure - les courses-poursuites sans musique, sa signature.

Mais il n’est pas là pour maintenir un statu quo, au contraire, il fait bouger les lignes, car Ethan Hunt n’est plus seul. Il est toujours la star et dépasse ses limites, mais la révélation est Ilsa Faust (Rebecca Ferguson), non pas une demoiselle en détresse, mais une femme fatale, son équivalent féminin. Le film développe, en creux, l’idée qu’il n’est rien sans elle, qu’il a besoin d’elle.

« Mission : Impossible - Fallout », de Christopher McQuarrie

Et Tom Cruise a-t-il besoin de Christopher McQuarrie ? Les deux hommes ne se quittent plus (McQuarrie est également au scénario de La Momie et Edge of Tomorrow), et ont décidé de briser ce que l’on pensait être une sacro-sainte règle de Mission : Impossible. L’auteur-réalisateur de Rogue Nation est donc de retour pour Fallout, qui se présente comme une suite directe avec le retour des personnages du précédent film, mais également de Michelle Monaghan. Christopher McQuarrie semble vouloir unifier la saga, boucler la boucle pour la faire entrer dans les mythologies modernes. Mission impossible ? Pas plus que de sauter 100 fois en parachute ou de piloter un hélico !