VIDEO. L'animation n'est pas qu'une affaire d'hommes, les réalisatrices aussi s'animent avec talent

FESTIVAL « 20 Minutes » a rencontré Nora Twomey et Anja Komfel, deux réalisatrices venues présenter leur film à Annecy, et les a fait parler de la place des femmes dans le cinéma d'animation...

De notre envoyée spéciale à Annecy, Caroline Vié

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Parvana, de Nora Twomey
Parvana, de Nora Twomey — La Pacte
  • Nora Twomey et Anja Komfel ont toutes les deux un long-métrage en sélection au festival d'Annecy.
  • La première avec « Parvana » est une productrice et réalisatrice réputée, la seconde, avec « Chris the Swiss » est débutante
  • Toutes deux pensent que les femmes seront, quoi qu'il arrive, de plus en plus présentes dans le monde de l’animation.

Le prix remporté par l'association Women In Animation et l'engagement du  Festival d'Annecy sur la parité ne sont pas les seules signes que dans le cinéma d'animation aussi, les femmes n’ont rien à envier à leurs homologues masculins. Nora Twomey, réalisatrice de Parvana, une enfance afghane (sortie le 27 juin) et Anja Kofmel, réalisatrice de Chris the Swiss (sortie le 3 octobre) ont ainsi parlé à 20 Minutes de leur expérience.

Les deux cinéastes ont comme principaux points communs d’être des femmes, de pratiquer le cinéma d’animation, d’aborder des sujets guerriers et de voir leur long-métrage sélectionnés à Annecy. « Je n’ai jamais autant parlé du fait d’être une femme, avoue la Suisse Anja Kofmel. Cela m’agace un peu, mais si cela doit faire avancer la cause féminine dans l’animation, c’est une très bonne chose. »

Débutante et résolue

Chris the Swiss, découvert à la Semaine de la Critique cannoise, mêle prises de vues réelles et animation pour présenter un portrait de son cousin, mercenaire assassiné en Croatie en 1992. « J’ai eu du mal à financer le film, reconnaît Anja Kofmel. Je ne suis pas certaine que le fait que je sois une femme ait posé un problème particulier : ce sont surtout le sujet et mon manque d’expérience qui faisaient peur aux financiers. »

Productrice et réalisatrice

Le cas de Nora Twomey est très différent. Productrice irlandaise réputée et coréalisatrice du Secret de Kells avec Tomm Moore, elle signe avec Parvana, son premier « long » en solo. « Je me serais sans doute lancée dix ans plus tôt si j’avais été un homme: il m'a fallu du temps pour me sentir prête », dit-elle. Elle a raconte comment une gamine afghane est contrainte de se déguiser en garçon pour nourrir sa famille dans un pays dirigé par les Talibans.

Légitime (ou pas)

« Je me suis demandé si j’étais légitime pour parler du destin de cette fillette, précise Nora Twomey. J’ai donc fait appel à de nombreuses femmes afghanes pour me conseiller au sein d’une équipe où je me suis assurée d’une forte présence féminine. » Son film, coproduit par Angelina Jolie, a été cité aux Oscars cette année. « Mon but est non seulement de favoriser l’accès des femmes au cinéma d’animation mais aussi de m’assurer qu’elles puissent faire carrière », martèle-t-elle.

Faire ses preuves au milieu des mecs

Anja Kofmel est plus nuancée. « Je ne me suis pas posé la question en terme de sexe ou de légitimité, j’ai raconté une histoire que je souhaitais partager en me documentant au maximum », insiste-t-elle. La trentenaire suisse n’a pas bénéficié de la même liberté de choix pour la composition de son équipe. « L’important était que le film existe mais j’ai bien senti que le fait d’être une femme et débutante m’obligeait à faire mes preuves en m’affirmant au milieu de mecs. »

Dans le bon sens

Toutes deux sont cependant convaincues que les choses avancent dans le bon sens. « Nous aurons gagné quand la parité sera devenue tellement évidente que la question ne se posera plus », insiste Anja Kofmel. La présence de ces deux femmes talentueuses à Annecy démontre que la victoire n’est peut-être pas si lointaine.

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