VIDEO. Michel Ocelot: «Non, le milieu du cinéma d’animation n’est pas sexiste»

FESTIVAL D'ANNECY Michel Ocelot présentait son nouveau film d’animation « Dilili à Paris » en ouverture du Festival d’Annecy et pour la première fois, son personnage principal est une fille…

Stéphane Leblanc

— 

Dilili à Paris
Dilili à Paris — Nord-Ouest Films

Le 42e festival international du cinéma d’animation d’Annecy s’est ouvert lundi soir, avec le nouveau film de Michel Ocelot, Dilili à Paris. « C’est la première fois que le film est projeté en public, prévenait le réalisateur sur la scène. Mon cœur bat très fort et j’espère que vous l’aimerez ».

Certains l'ont aimé, d'autre moins, mais qu’importe. Le réalisateur de Kirikou non plus n’aime pas tout, à commencer par le noir dont il affuble les femmes de son film lorsqu’elles se retrouvent soumises aux malfrats qui les enlèvent et les séquestrent.

La couleur contre le noir et le blanc

Par contre, ce qu'il aime, Michel Ocelot, c'est la couleur. Les vêtements colorés, « parce que le noir n’existe pas dans la nature », explique-t-il à 20 Minutes (en scrutant la belle chemise de son interlocuteur). Et les personnages de couleurs. « Quand j’ai voulu traiter du Paris de la Belle époque, je me suis rendu compte à quel point les gens étaient blanchâtres à cette époque. D’où l’idée d’une petite héroïne métisse kanake, parce que cette idée me ressemble, et parce que je sais aussi, depuis Kirikou, que c’est ce qu’on attend de moi. »

Loin d’être Blanche, mais pas tout à fait Noire, Dilili subit les affres d’un certain racisme colonialiste du début du 20e siècle en même temps qu’elle vit l’expérience pas facile d’être une fille. « Au départ, Dilili devait être un garçon, note Michel Ocelot. Et puis j’ai pensé qu’il serait préférable d’en faire une petite fille, car la résistance à l’éducation des filles était très active à l’époque. »

Combat de femmes

Pour autant, Dilili est une fillette nettement plus éduquée que la moyenne, très polie, et surtout chanceuse de rencontrer bien du beau monde, de Pasteur à Rodin, en passant par Toulouse Lautrec, Picasso ou Marcel Proust. Mais aussi les grandes figures féminines de l’époque : Louise Michel, Marie Curie, Emma Calvé, la Goulue ou Sarah Bernhardt, des femmes auquel il rend hommage pour avoir lancé un combat pour leur propre liberté.

Mais voilà, dans ce contexte idylique, que des fillettes de l’âge de Dilili se retrouvent kidnappées par une société secrète opposée à l’émancipation des femmes et bien résolue à les transformer, non pas en potiches, ce qui serait déjà dégradant, mais carrément en chaises ou en tables basses, à "quatre pattes", recouvertes d’un drap noir. « Il faut le voir comme un symbole de l’humiliation de la femme », justifie Michel Ocelot qui ne dit pas vraiment à qui il pense, même si sa cible fait peu de doute.

« Je ne vise pas une secte ou une religion en particulier, se défend-il. Des hommes qui piétinent les femmes, il y en a partout hélas. Ce film est une parabole. » Il n’empêche que la charge n'est pas très fine et le cinéaste paraît là moins à son aise que sur la question du racisme ambiant ou de la condition des personnes métissées. « Malgré tout, une femme meurt tous les trois jours des coups portés par son compagnon, rappelle-t-il, et des excisions sont toujours pratiquées sur des fillettes en France… »

Il n’y a aucune mauvaise intention chez Michel Ocelot, pas plus que l’idée de profiter de la vague féministe du moment. C’est d’ailleurs une question qui ne l’a jamais effleuré sur le plan professionnel : « Non, il n’y a jamais eu de sexisme dans le milieu du cinéma d’animation, estime-t-il. Mon premier producteur était une femme et l’est restée très longtemps. J’ai toujours cotoyé des femmes au cours de ma carrière, parmi les cadres ou les artistes qui animent les images ou qui font les décors. On prend toujours meilleurs, sans examiner leur sexe. » Les professionnelles de l’association Women In Animation, lauréate du prix 2018 du Marché international du film d’animation, apprécieront.