«Le Book Club»: Quand la seconde jeunesse des seniors devient un genre cinématographique

CINEMA «Le Book Club» et ses héroïne retraitées arrive à l'affiche ce mercredi et s'ajoute à la liste de comédies relativement calibrées montrant des seniors opérant d'importants changements dans leur vie... 

F.R.

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Diane Keaton, Candice Bergen, Jane Fonda et Mary Steenburgen dans «Le Book Club».
Diane Keaton, Candice Bergen, Jane Fonda et Mary Steenburgen dans «Le Book Club». — Paramount Pictures France
  • Le Book Club, mettant en scène quatre amies âgées de 65 à 80 ans sort ce mercredi dans les salles françaises.
  • Les films de « seniors vivant une deuxième jeunesse » représentent pratiquement un sous-genre de la comédie.
  • En France, ces films relativement calibrés ne rencontrent cependant pas un succès massif.

Quatre amies de longue date mettent 50 nuances de Grey au menu de leur club de lecture. Ce roman leur donnera envie de nouvelles expériences… Tel est le point de départ du Book Club, comédie signée Bill Holderman qui arrive ce mercredi sur les écrans français. Petite particularité : le quatuor d’actrices principales a entre 65 (Mary Steenburgen) et 80 ans (Jane Fonda) – Diane Keaton et Candice Bergen ont 72 ans. Un constat a priori anecdotique mais pourtant loin d’être courant…

« Les femmes vivent en moyenne cinq ans de plus que les hommes et notre population ne cesse de vieillir. Il est donc temps que les studios hollywoodiens comprennent qu’il existe un public pour cette tranche d’âge. J’ai été agréablement surprise de lire enfin un scénario qui la ciblait », s’enthousiasme Jane Fonda auprès de Télé Loisirs.

Le carton mondial surprise de « Indian Palace »

A dire vrai, les studios ont déjà flairé le filon depuis plusieurs années. Si bien que les films de « seniors vivant une seconde jeunesse » sont pratiquement devenus un genre cinématographique à part entière. En 2004, Jack Nicholson et Diane Keaton tombaient amoureux devant la caméra de Nancy Meyers dans Tout peut arriver. En 2008, au tour d’Emma Thompson et Dustin Hoffman de s’amouracher dans Last Chance for Love.

La pièce maîtresse de ce sous-genre officieux de la comédie romantique est cependant sortie en 2012 : dans Indian Palace, Judi Dench, Maggie Smith ou encore Bill Nighy quittaient la grisaille britannique pour un hôtel du Rajhastan, avec l’espoir d’y vivre mieux. Côté box-office, ce fut un carton surprise. Le budget de 10 millions de dollars a très (très) largement été rentabilisé avec 137 millions de dollars de recettes autour du monde. En 2015, la suite, d’un budget initial équivalent, a rapporté moins mais quand même encore beaucoup : 86 millions de dollars.

Plusieurs autres comédies romantiques se sont engagées sur le même sillon : Quartet, avec Maggie Smith en diva de maison de retraite, en 2013, Finding your feet, à l’affiche cette année au Royaume-Uni, avec une Imelda Staunton fraîchement retraitée ou encore Hampstead sorti chez nous directement en vidéo, montrant Diane Keaton (encore elle) en pleine crise existentielle. « Un Coup de foudre à Nothing Hill pour les baby boomers », selon le Guardian qui a chroniqué ce dernier film l’an passé tout en poussant un coup de gueule. « Les natifs de la génération d’après-guerre (…) gâtés par le cinéma britannique dans leur jeunesse voient aujourd’hui se réaliser tous leurs souhaits de 50 nuances de cheveux gris, avec des secondes chances et des aventures tardives. (…) Le cinéma britannique ne pourrait-il pas aussi célébrer le fait d’être jeune ? », se demandait le journaliste en référence à une production locale riche en scénarios sur des jeunes adultes ballottés entre chômage, austérité et endettement…

L’exception française

De notre côté de la Manche, la question se pose beaucoup moins. D’ailleurs, ce n’est pas en France que ces films de « seniors vivant une seconde jeunesse » marchent le mieux. Indian Palace avait ainsi attiré à peine plus de 309.000 spectateurs en salles et sa suite 151.000. Et si on vivait tous ensemble ?, film français de Stéphane Robelin et ses septuagénaires décidant de vivre en colocation a dû se contenter de 519.000 entrées malgré son beau casting : Jane Fonda, Pierre Richard, Géraldine Chaplin, Claude Rich, Guy Bedos…

Idem pour Bonne Pomme de Florence Quentin qui promettait pourtant une rencontre au sommet entre Catherine Deneuve et Gérard Depardieu et qui n’a permis d’écouler que 235.000 tickets. Si, comme le note Médiamétrie dans une étude sur la fréquentation des salles obscures en 2017, les 15-24 ans, « historiquement assidus », deviennent de plus en plus des occasionnels tandis que les plus de 50 ans restent fidèles aux cinémas, les spectateurs de cette tranche d’âges ne font pas forcément la fête aux longs-métrages qui les ciblent spécifiquement. A moins que Le Book Club ne change la donne, la France conservera encore un peu son exception culturelle.