«"Solo: A Star Wars Story" a cumulé tout ce qui pouvait lui arriver de pire»... et dégringole au box-office

CINEMA Aurélien Vivès, rédacteur en chef de « Star Wars insiders », analyse pour « 20 Minutes » les résultats décevants de la dernière production Disney…

Propos recueillis par Fabien Randanne
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Alden Ehrenreich en Han Solo dans «Solo : A Star Wars Story».
Alden Ehrenreich en Han Solo dans «Solo : A Star Wars Story». — Lucasfilm Ltd. ™/ Jonathan Olley

C’est une première place pour les studios Disney qui s’accompagne d’une grimace. Solo : A Star Wars Story est en tête du box-office nord-américain pour son deuxième week-end d’exploitation mais, avec 29,4 millions de dollars de recettes, il accuse un recul de 65 % par rapport à la semaine précédente. Au total, le blockbuster a engrangé 148 millions de dollars de l’autre côté de l’Atlantique, loin des 368 millions des Derniers Jedi ou des 286 millions de Rogue One. En France, il culmine pour le moment à 531.000 entrées quand Les derniers Jedi, sorti cet hiver, en comptait plus de 2.5 millions rien qu’en une semaine. Et comme l'avance un analyste à Bloomberg.com, le film pourrait devenir le premier de la franchise à perdre de l'argent... Aurélien Vivès, rédacteur en chef de Star Wars Insiders, analyse pour 20 Minutes ces résultats maussades.

Comment peut-on expliquer la contre-performance de Solo : A Star Wars Story ?

Le film a cumulé un peu tout ce qui pouvait lui arriver de pire. Le projet n’a pas vraiment excité les foules. Il n’y avait pas une attente considérable autour du passé de Han Solo. Sans oublier l’ombre du charismatique Harrison Ford. Le public a été circonspect. Et puis les soucis de production [ Ron Howard a repris le tournage après que les réalisateurs initiaux Phil Lord et Chris Miller ont été virés] largement médiatisés ont peut-être dissuadé certains spectateurs d’aller le voir, laissant supposer que le film ne valait pas le coup. Déjà ça ne partait pas sur de très bonnes bases. Ensuite, le film est sorti seulement cinq mois après Les derniers Jedi qui, malgré ses qualités, a crispé une partie de la fanbase. La stratégie de Disney, en général, c’est d’attendre la fin d’exploitation d’une œuvre pour commencer à promouvoir la suivante. Pour Solo, le marketing a commencé trop tard, ce qui a peut-être aussi alimenté la méfiance du public. Enfin, la concurrence d’autres blockbusters, comme Deadpool 2, a sans doute eu un effet. Si Solo était un chef d’œuvre, il aurait pu redresser la barre, mais c’est un film « agréable », ce qui n’est pas suffisant pour inverser la tendance.

Les studios Disney pouvaient-ils s’attendre à un tel insuccès ?

Ils ont sans doute vu venir les signaux négatifs, donc ce ne doit pas être complètement une surprise pour eux. Ce relatif manque de succès ou cette contre-performance était prévisible dans le sens où les sorties de films « Star Wars » s’enchaînant, cela devait bien finir par arriver. Il faudrait cependant savoir si les résultats au box-office correspondent à la fourchette basse qu’ils avaient envisagée ou s’ils sont encore en deçà des prévisions pessimistes.

Quels effets sont-ils à prévoir ?

Disney va devoir en tirer des enseignements. Concernant les « Star Wars Story » [les films dérivés des différentes trilogies « Star Wars »] : Rogue One a marché, Solo moins… Le studio va peut-être se dire qu’il faut éviter de faire des films « origins » [racontant les origines, le passé de personnages emblématiques] et se concentrer sur des contenus inédits. Et par rapport aux dates de sorties, un espacement de seulement six mois entre deux films semble trop juste.

Et si, le problème, c’était simplement Han Solo et le fait que le passé du personnage n’intéresse pas grand monde ?

Son passé est effectivement compréhensible quand on regarde la saga, on n’avait pas forcément besoin de le voir. Ce n’est pas une destinée qui tranche dans une atmosphère de western/space opera, contrairement à celle de Dark Vador dont l’évolution est plus complexe et tragique.