Festival de Cannes: Pourquoi «Capharnaüm» a tous les atouts pour remporter la palme

COMPETITION Contre l’enfance maltraitée, Nadine Labaki signe un film brûlant d’actualité… Le candidat idéal à la palme d'or?

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

— 

Capharnaum.
Capharnaum. — Association Française du Festival International du Film

Enfance maltraitée, migrants et sans-papiers, le trio gagnant pour une palme d’or ? Alors que de très belles mises en scènes auront marqué cette 71e édition du Festival de Cannes, voilà qu’un ovni cinématographiquement plus modeste, mais réalisé dans l’urgence de son sujet, fait son apparition à quelques heures de la délibération du jury. Sans doute le meilleur moment pour marquer les esprits.

A la différence des Filles du soleil d’Eva Husson, qui pouvait faire figure de favori dans la course à la palme par son sujet (un commando de soldates kurdes résiste à l’ennemi islamique), mais réalisé de manière un peu artificielle, Capharnaüm est d’une tout autre forme de sincérité.

Basé sur une enquête solide

La Libanaise Nadine Labaki a enquêté sur son sujet et cela se sent. « Le film parle d’un petit garçon de 12 ans qui décide d’intenter un procès à ses parents pour l’avoir mis au monde alors qu’ils n’étaient pas capables de l’élever convenablement », explique la cinéaste dans le dossier de presse. Pour ce faire, elle a croisé de vrais enfants des rues et des familles de migrants ou de sans papiers, visité de vrais centres de détention et de rétention. Et cela sonne vrai.

Capharnaum est un film réalisé par une femme, mais à la différence des Filles du soleil, les héros sont des enfants. Un petit et un plus grand, capable d’endosser une responsabilité d’adulte lorsqu’il se retrouve seul pour s’en occuper. Comme dans Yomeddine, présenté en début de festival, on pense à The Kid de Chaplin ou à L’Argent de poche de Truffaut.

Ses interprètes ont été recrutés dans la rue, au cours de castings sauvages, et leur destin dans la vie ressemble le plus souvent à celui de leur personnage : le jeune héros incarné par Zain Al Rafeea est un vrai gamin des rues, la femme qui a inspiré sa mère a eu seize enfants… Tous les personnages du film sont étonnants de naturels et possèdent tous les atouts pour être bouleversants. Enfin, le happy end du film, annoncé dès le début, ne peut que servir la cause que le film défend : améliorer le sort des enfants maltraités.

Tics agaçants

Cela n’exempte pas le film de quelques défauts, quelques tics récurrents agaçants, comme l’abus de flash-back qui dédramatise inutilement l’action.

La caméra qui s’agite par moments ou qui se met à trembler frénétiquement a aussi le don de nous énerver. Caméra qui tremble = danger, l’équation n’est-elle pas un peu trop simpliste ? Enfin, et même s’il s’agit là d’un des codes les plus universels du mélo, l’abus de violons nuit gravement à la santé d’un film. Il suffit de voir le nombre de gens qui sortent leur mouchoir à ce moment-là pour essuyer une larme...