Festival de Cannes: «The House That Jack Built» de Lars von Trier est une tuerie (au sens propre)

OEUVRE Lars von Trier est de retour à Cannes avec un autoportrait provocateur qui a fait frémir les festivaliers…

De notre envoyée spéciale à Cannes, Caroline Vié

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Matt Dillon dans The House that Jake Built de Lars von Trier
Matt Dillon dans The House that Jake Built de Lars von Trier — Films du Losange
  • Lars von Trier, chassé du Festival de Cannes en 2007, pour des propos choquants, est de retour.
  • The House That Jack Built suit les traces d’un tueur en série incarné par Matt Dillon.
  • Ce film brillant aux images très dures tient plus de l’autoportrait que du film d’horreur.

Le buzz avait fait des siennes. Lars von Trier, rentré en grâce après avoir été déclaré persona non grata au Festival de Cannes en 2007, avait signé un film insoutenable. The House That Jack Built, portrait en creux du réalisateur chassé du festival pour ses propos sur Hitler, est bien plus qu’un délire sanglant autour d’un tueur en série.

Ceux qui s’attendent à voir un succédané de la saga Saw seront sans doute déçus par une fable philosophique qui décrit les hauts faits d’un psychopathe incarné par l’excellent Matt Dillon. Ce poème macabre tient plus de la réflexion philosophique que du délire gore. Bien que quelques images très dures aient fait hoqueter la salle, l’œuvre vaut mieux que sa réputation sulfureuse. 20 Minutes explique pourquoi Lars von Trier est vraiment exceptionnel.

Lars von Trier offre

Le film est présenté hors compétition : dommage car la performance de Matt Dillon est à couper le souffle. Le voir apprendre à sourire devant son miroir en imitant des photos de magazines donne de la matière pour des cauchemars de bonne qualité. Il a le regard glaçant de ceux qui sont totalement dépourvus d’empathie. Brrrr.

Lars sait faire de belles images

On ne va pas se mentir. The House That Jack Built n’est pas une œuvre pour tous publics, loin de là. Mais le réalisateur de Nymphomaniac et Melancholia ne sombre pas dans une surenchère de gore. Certaines images sont même sublimes bien qu’elles soient faites pour déranger. Il sait y faire, Lars, quand il s’agit d’être malaisant.

Lars est très intense

Lars von Trier a toujours autant le sens de la fête (si on considère qu’assassiner des gens est festif). Il fait monter la tension au gré d’une conversation entre son héros et un confesseur énigmatique qui a la voix envoûtante de Bruno Ganz. Le spectateur l’écoute se confier et se laisse emporter dans son monde pas du tout pour Bisounours.

Lars n’est pas gratuit

En montrant cet homme monstrueux, Lars von Trier s’autoanalyse. Le procédé tient de l’onanisme un peu dévoyé mais surtout de la réflexion sur l’art et la création. Il revisite son œuvre avec cette promenade au pays d’une folie pas vraiment douce. On peut être réfractaire à son cinéma, il serait réducteur de le réduire à son côté provocateur.

Lars est bourré d’idées

La fameuse maison que Jack (le héros) a construite et qui donne son titre au film est l’une des plus morbides de ses créations. Elle témoigne du sens de l’humour très noir d’un réalisateur aux manières de sale gamin insolent dont le talent étincelant surprend constamment.