Festival de Cannes : Et si le plus féministe des cinéastes en compétition était l'Iranien Jafar Panahi?

COMPETITION En son absence, le Festival de Cannes présentait en compétition « Trois visages », le dernier film du réalisateur iranien Jafar Panahi sur trois femmes de caractère de trois générations différentes…

Stéphane Leblanc

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L'actrice Behnaz Jafari dans Trois Visages de Jafar Panahi
L'actrice Behnaz Jafari dans Trois Visages de Jafar Panahi — MEMENTO FILM
  • Jafar Panahi n’était pas à Cannes pour présenter son film « Trois visages ».
  • Le réalisateur iranien n’a toujours pas le droit de sortir de son pays « pour au moins 20 ans ».
  • Cela ne l’empêche pas de rendre hommage au courage de trois femmes de générations différentes dans son dernier film.

Avec Serebrennikov assigné à résidence par la justice russe et  Godard absent pour raisons personnelles, c’est le troisième réalisateur qui n’a pas pu faire le déplacement sur la Croisette. Jafar Panahi, en a encore « pour vingt ans à ne pas pouvoir quitter l’Iran », rappelle sa productrice Mastaneh Mohajer.

Deux scénarios en même temps

Mais il fait attention à ne froisser personne et se débrouille habilement. "Il prend soin de toujours tourner deux scénarios en même temps, raconte son chef opérateur Amin Jafari : celui du film et celui qu’il doit pouvoir montrer aux autorités qui viendraient éventuellement lui chercher des ennuis. »

Après Taxi Téhéran, Ours d’or à Berlin en 2015, dans lequel il auscultait l’état d’esprit de ses contemporains à la ville, Jafar Panahi fait cette fois de même à la campagne à travers le regard que portent des villageois sur trois femmes, trois actrices symboles d’une émancipation difficile à accepter. « Une misogynie latente rôde », note le magazine spécialisé Screen Daily. A preuves les rumeurs qui circulent et le qu’en-dira-t-on quand une très jeune fille, reçue au conservatoire, est empêchée par sa famille de s’y rendre. Faudrait quand même pas devenir une « saltimbanque » comme la vieille voisine que tout le village a rejetée…

« Jafar Panahi a toujours été très en avance pour évoquer la condition des femmes en Iran, souligne la productrice Mastaneh Mohajer. A travers cette histoire, ce sont Trois visages de femmes qui sont mis en valeur. L’une est une femme du passé, qu’on ne voit pas, comme si sa présence physique avait été éliminé. La seconde, c’est la star incarnée par l'actrice vedette Benhaz Jafari qui rend visite à ces villageois, avec le cinéaste, pour percer le mystère d'une vidéo qui l'inquiète. C’est une femme du présent, une femme de pouvoir dont les certitudes risquent d’être ébranlées. Et la dernière, c’est la jeune actrice Marziyeh Rezaei. Elle représente l’avenir, cette génération qui connaît des difficultés mais que le cinéaste encourage à se battre… »

« Au conservatoire, les garçons ont essentiellement des problèmes d’argent, témoigne cette dernière. Alors que les filles sont davantage tiraillées par les réticences de leurs familles et le poids des traditions. » Comme le personnage que la jeune fille incarne dans ces Trois visages qu’on espère voir sourire au palmarès.