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COMPETITIONVIDEO. Absent de Cannes, Godard répond au moins au téléphone

VIDEO. Absent du Festival de Cannes, Jean-Luc Godard répond au moins au téléphone

COMPETITIONLe cinéaste a improvisé une conférence de presse sur Facetime pour évoquer son dernier film, « Le livre d’image ». Auteur de quelques bons mots, le cinéaste a aussi donné quelques signes de fatigue.
Stéphane Leblanc

Stéphane Leblanc

Une conférence de presse « expérimentale » avec Jean-Luc Godard, sur Facetime. C’est ce que le Festival de Cannes a proposé ce samedi matin, pour enfin pouvoir converser avec un cinéaste qui n’est plus jamais apparu sur la Croisette depuis Eloge d’amour en 2001.

Une image du Livre d'image de Godard
Une image du Livre d'image de Godard - CASA AZUL FILMS

« Godard n’est pas ici bas, il est là-bas », tente avec esprit le journaliste Gérard Lefort dans son rôle de modérateur. « Quand vous lui parlerez au téléphone, soyez poli avec lui : n’hésitez pas à lui demander comment ça va… » Du coup, au téléphone, comme quand on prend des nouvelles d’un vieil ami, les journalistes ont été bien gentils. Et à l’autre bout du fil, le réalisateur était tout aussi charmant.

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Les festivaliers se souviennent qu’en 2014, Godard avait fait son Adieu au langage dans un film en 3D dans lequel l’œil droit du spectateur ne voyait pas la même chose que l’œil gauche. Cette fois, Le Livre d’image, qu’il présente en compétition, crée une matière picturale à partir d’images de films et d’archives documentaires agrémentées d’une bande-son qui donne à entendre un texte souvent inaudible…

Référence à Bécassine

« Bloqué toute séduction des images et aussi du texte, bégayé, chevroté, interrompu, recouvert », note son ami l’historien du cinéma Bernard Eisenschitz dans le dossier de presse du film. Une façon aimable de prévenir le spectateur qu’il risque bien de ne rien comprendre au Livre d’image. « Il faut penser avec les mains et pas seulement avec la tête », rappelle le cinéaste après avoir évoqué la même idée au début de son film.

Le Livre d'image.
Le Livre d'image. - Association Française du Festival International du Film

Mais il a beau pointer son doigt pour montrer ce qu’il voit, Jean-Luc Godard est de moins en moins clair dans ses propos sur l’oppression, les révoltes et les guerres qui agitent le monde d’aujourd’hui… Le seul moment amusant de son film, c’est sa référence à Bécassine qu’il répète par deux fois : « Les maîtres du monde devraient se méfier de Bécassine parce qu’elle se tait », assène-t-il.

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« On vit une époque étonnante, confie Godard aux journalistes par téléphone. Il faut s’y faire, mais on peut aussi faire autrement. » Des films sans comédiens, par exemple. « Je me souviens que beaucoup d’actrices m’ont aidé dans le passé, dit-il. Mais aujourd’hui, la plupart des acteurs contribuent au totalitarisme de l’image filmée contre l’image pensée. »

Des cliques et des claques

« Très peu de films sont faits pour montrer ce qui ne se fait pas », lance-t-il avant d’expliquer tout le mal qu’il s’est donné pour concevoir son Livre d’image.

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« J’ai vu plus de films pendant quatre ans que Thierry Frémaux pour faire son festival. » Et il a cherché à savoir si les images et les sons recueillis pouvaient « raconter quelque chose » du monde qui nous entoure, de la Syrie, de la Catalogne, de la bombe atomique ou des camps de concentration… « C’est normal que toute cette violence s’exprime aujourd’hui au Moyen Orient. »

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La confrontation et les expérimentations ne convainquent pas toujours, mais au moins, Godard sait faire preuve d’humour : « Si on fait moins d’enfants en Europe qu’en Afrique, c’est peut-être qu’il y a moins d’amour ici que là-bas », lâche-t-il en conférence de presse avant d’évoquer les limites du numérique qui ne permet pas forcément d’échanger avec son interlocuteur les images que l’on veut : « On dit qu’il faut faire des clics ; et bien faites des clics, cher ami. Ou alors ce sera des cliques et des claques… »

Après quarante-cinq minutes de cet exercice, fatigué, à bout de souffle, le cinéaste lâche l’affaire : « Je crois que ça va aller, parce que je commence… » Sa dernière phrase reste en suspens.

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