VIDEO. Faute de visa, les acteurs égyptiens de «Yomeddine» privés de Festival de Cannes

COMPETITION Le réalisateur et la productrice du film « Yomeddine » ont dû monter les marches sans leurs acteurs amateurs, retenus en Egypte faute d’avoir obtenu le bon visa…

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc
— 
Rady Gamal et Ahmed Abdelhafiz dans Yomeddine de A.B. Shawky
Rady Gamal et Ahmed Abdelhafiz dans Yomeddine de A.B. Shawky — Desert Highway Pictures

Privés de Festival de Cannes faute d’avoir obtenu le bon visa. C’est ballot et d’autant plus regrettable que les acteurs amateurs du film égyptien Yomeddine « ne sont jamais sortis de leur pays », comme l’a rappelé ce jeudi le jeune cinéaste égyptien A.B. Shawky.

« Ils ont bien obtenu leur passeport, puis un visa pour la France le jour même du départ, mais l’embarquement en Egypte leur a été refusé car l’avion faisait escale en Suisse ! » Vu l’accueil chaleureux de ce road movie qui associe un lépreux et un orphelin dans la recherche de leurs familles respectives, A.B. Shawky est convaincu qu’il aura « l’occasion de revenir le présenter ailleurs avec eux ».


Le réalisateur s’est donc retrouvé seul avec sa productrice (également son épouse) pour défendre ce premier film sans doute plus sympathique que réellement audacieux. « C’est l’exact contraire des brûlots politiques ou religieux qu’on attend d’un film provenant du Moyen-Orient, assure le jeune cinéaste égyptien. Yomeddine est avant tout un feel good movie ».

On pense au Kid de Chaplin devant cet homme au corps ravagé par la lèpre qui s’entiche d’un gamin sorti de nulle part, dégourdi et touchant lui aussi. La recherche des familles respectives du gueux et de l’orphelin sert de prétexte à un road movie à travers une Egypte qui sort des sentiers battus. Une sorte de Sans famille mâtiné d’Elephant Man ou de Freaks, à cause des monstres. Car la principale réussite du film tient au charisme très particulier de Rady Gamal, son acteur principal.

Cet ancien lépreux porte de très profonds stigmates de sa maladie. S’il n’est « plus contagieux », comme il le répète à chaque inconnu croisé dans le film, son personnage se souvient qu’on l’appelait « l’animal » dans son enfance. Pour autant, « Rady Gamal ne veut pas qu’on le traite comme un handicapé », insiste A.B. Shawky. Pas plus que le cul-de-jatte ou le nain rencontrés au cours de leur périple…

Un prix d’interprétation ?

On verrait bien cette joyeuse bande, qui s’assume telle qu’elle est, décrocher un prix d’interprétation pour leur performance. Impensable ? Daniel Auteuil et Pascal Duquenne ont bien reçu le même en 1996 pour Le Huitième jour. Mais il leur faudra cette fois décrocher le bon visa. Et avoir anticipé : la remise des prix, c’est samedi 19 mai.