VIDEO. Serebrennikov assigné à résidence: A Cannes, son esprit punk a répondu présent

COMPETITION Le réalisateur russe Kirill Serebrennikov n’a pas pu accompagner son équipe pour présenter « Leto », film rock sur les interdits dans les années Brejnev, en compétition au Festival de Cannes…

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc
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L'actrice russe Irina Starshenbaum incarne l'héroïne de Leto
L'actrice russe Irina Starshenbaum incarne l'héroïne de Leto — VILLARD/NIVIERE/SIPA

Frappés par des agents du KGB dans un train, des jeunes se lèvent de leurs sièges, prennent le bon peuple des passagers à partie et entonnent ensemble le Psycho Killer des Talking Heads : « Cette scène n’a jamais eu lieu dans la réalité », rappelle ironiquement la séquence la plus jubilatoire de Leto, film en lice pour la Palme d’or. Leto, cela veut dire « été » en Russe. Une saison propice à la révolution ? Ou juste un songe d’une nuit d’été, dans l’esprit de Kirill Serebrennikov ? Le cinéaste et dramaturge russe n’était pas à Cannes pour en discuter…

Tandis qu’une partie de la Croisette estime tenir avec ce film une sorte de La la land russe, ses producteurs, réunis ce jeudi midi en conférence de presse, tentait d’expliquer comment le directeur artistique du Centre Gogol, un théâtre contemporain moscovite réputé, s’est d’abord retrouvé visé par une affaire de détournements de fonds publics « absurde et ridicule », puis arrêté et assigné à résidence, l’empêchant non seulement de terminer son film dans de bonnes conditions, mais de venir le défendre à Cannes où il aurait pu en expliquer la teneur plus subversive que strictement politique, aux festivaliers.

Une histoire vraie

A travers l’ascension d’une future star du rock, Leto évoque un été du début des années 1980 quand la jeunesse soviétique, influencée par les Sex Pistols et David Bowie, tentait de s’émanciper de toute forme d’autorité. Le cinéaste s’y attaque avec autant d’énergie que de finesse, en insistant (peut-être un peu trop) sur une romance à trois autour d’une jeune femme qui a réellement existé et dont le film adapte les mémoires.


Pour la projection officielle mercredi soir, l’équipe a gravi les marches en arborant des badges avec la photo du réalisateur. Elle a ensuite brandi une pancarte où était inscrit le nom « Serebrennikov », ensuite ovationné dans la salle​ quand il est apparu au générique.


A la direction du Festival de Cannes, Vladimir Poutine s’est fendu d’un message dans lequel il affirme qu’il aurait été « très heureux » de voir le réalisateur monter les marches avec son équipe. Mais voilà, « en Russie, la justice est indépendante ». A ce qu’il dit.