VIDEO. Mai-68: «Alain Resnais coincé par les cheminots» ou quand le Festival de Cannes ne remettait aucun prix

CINEMA Jean-Luc Godard, François Truffaut et d’autres avaient fait interrompre les projections… Un critique, présent au moment des faits, raconte…

Fabien Binacchi

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Lelouch, Godard, Truffaut, Malle et Polanski, le 18 mai 1968 à Cannes
Lelouch, Godard, Truffaut, Malle et Polanski, le 18 mai 1968 à Cannes — Huffschmitt / Sipa
  • Après quelques jours de projections, un mouvement contestataire éclos au sein du 21e Festival de Cannes emmené par Lelouch, Godard, Truffaut, Malle ou encore Polanski.
  • Cette édition s’arrête cinq jours avant la date de clôture annoncée et aucune Palme d’or n’est attribuée.
  • Le Niçois René Prédal, ancien critique cinéma, était sur la Croisette et se souvient pour 20 Minutes de cette édition exceptionnelle.

Il s’en souvient (presque) comme si c’était hier. « Alain Resnais s’était retrouvé coincé par la grève des cheminots avec les pellicules de Je t’aime, Je t’aime dans les bras. A ce moment-là, c'est toute la France qui était bloquée. » En mai 1968, le Niçois René Prédal, ancien critique pour la revue Jeune cinéma, était sur la Croisette.

« Dès le début de ce Festival de Cannes, le 10, l’ambiance était étrange. Forcément. Il y avait eu l’histoire de la Cinémathèque française [son fondateur avait été limogé par André Malraux, alors ministre de la Culture], qui avait chamboulé tout le monde. Puis tout ce qui se passait à Paris », explique l’Azuréen, aujourd’hui âgé de 76 ans.

«Une question d’honneur» pour le monde du cinéma

Dans la capitale, les pavés pleuvent. « Et à Cannes, on sentait bien que quelque chose allait se produire. Et même qu’il devait se produire quelque chose. C’était l’honneur du monde du cinéma qui était en jeu. Il ne devait pas rester en décalage avec ces événements importants pour tout le pays », raconte René Prédal.

Le 18 mai 1968 dans la grande salle de l'ancien palais Croisette
Le 18 mai 1968 dans la grande salle de l'ancien palais Croisette - Huffschmitt / Sipa

C’est finalement le 18 mai que tout s’est décidé. Depuis le début du festival, huit des 27 long-métrages en compétition ont été présentés. Ce jour-là, « la projection de Peppermint frappé, de Carlos Saura, était prévue pour 10h45. Le rideau s’ouvre puis se referme. Quelqu’un annonce que la séance est reportée à l’après-midi ». Elle n’aura pas lieu. Le cinéaste, lui-même, s’y oppose.

« Avec Godard, Truffaut et les autres, une réunion est improvisée dans la grande salle. Ils veulent faire arrêter le festival en solidarité avec les étudiants et les ouvriers. C’est la cacophonie et certains se pendent même aux rideaux pour empêcher de nouvelles projections », explique l’ancien critique.

Des bagarres éclatent. La fin de la manifestation approche. A 17 h, Louis Malle, membre du jury, annonce sa démission. Il est suivi par Monica Vitti, Roman Polanski et Terence Young. Des réalisateurs retirent leur film de la compétition.

Le lendemain, Robert Favre Le Bret, le délégué général capitule : cette 21e édition s’arrête cinq jours avant la date de clôture annoncée. Et aucune palme d’or n’est attribuée. Une situation encore aujourd'hui unique dans l'histoire du Festival de Cannes.

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