Arcelor-Mittal, les « patriotes » contre le mondialiste

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La fusion Arcelor-Mittal est une histoire industrielle bien française : un « étranger » (au pire sens du terme) qui tente de mettre la main sur un « joyau » européen, même si l'on oublie un peu vite qu'il a été restructuré à grands coups d'argent public. L'étranger, c'est cet indien, Mittal Steel et le fleuron européen, Arcelor, respectivement nº 1 et 2 du secteur. Après la fusion, ils seront trois fois plus gros que leur premier concurrent. Au-delà du métal, tous les sépare. Lakshmi Mittal a construit son empire à partir d'une petite aciérie indonésienne que lui avait vendue son père. Il a procédé à d'innombrables acquisitions dans le monde entier, parié sur des technologies innovantes où les hauts-fourneaux de jadis ont laissé la place à des unités plus agiles, installé des managers compétents dans des usines qui souvent n'avaient connu que la gestion d'appareils étatiques. Aujourd'hui, ses aciéries dégagent une marge de 26 % là où l'américain Nucor (qui se singularise par une culture d'entreprise atypique, basée sur la participation des salariés) dégage 15 % de profits contre 9 % pour Arcelor. A 55 ans, Lakshmi Mittal est une des premières fortunes de la planète, il vit à Londres, dans une jolie maison de 100 millions d'euros rachetée au magnat de la Formule 1 Bernie Ecclestone ; il parcourt plus de 500 000 km par an dans son avion privé.

Rien de tout cela ne pouvait agacer davantange le marathonien austère qu'est Guy Dollé,

patron d'Arcelor.

Du coup, Mittal a tout entendu : son acier ne serait que « de l'eau de Cologne, alors que nous fabriquons du parfum », il réglerait en « monnaie de singe » une offre qui irait à l'encontre de la « culture européenne » forcément incarnée par Arcelor. Pour faire échouer Mittal, Dollé a tout tenté : influencer les actionnaires avec des dividendes monstrueux (au détriment des capacités d'investissement d'Arcelor), transféré des actifs dans d'autres structures pour rendre la fiancée moins belle, cherché (avec l'aide de Jacques Chirac), un « chevalier blanc » en la personne d'un oligarque russe ami de Poutine, etc. De façon humiliante, il a été assigné en justice par certains actionnaires d'Arcelor qui s'estimaient lésés par ces manips. Malgré tout cela, Lakshmi Mittal l'a emporté. D'une certaine façon, il l'a bien méritée son aciérie.

*Directeur de la rédaction de 20 Minutes http://filloux.blog.20minutes.fr