Le programme socialiste ou la machine à perdre

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Le nombre d'adhérents au PS a dépassé les 200.000, pour la première fois dans l'histoire de ce parti, a annoncé jeudi son premier secrétaire François Hollande.
Le nombre d'adhérents au PS a dépassé les 200.000, pour la première fois dans l'histoire de ce parti, a annoncé jeudi son premier secrétaire François Hollande. — Pierre Andrieu AFP

Il y a deux façons de lire le projet du Parti socialiste pour l'élection présidentielle. Soit on considère son «Projet pour la France» comme une douce musique destinée à donner aux militants socialistes l'illusion d'une vision commune, soit il s'agit vraiment d'un programme de gouvernement et le PS vient de tracer les grandes lignes d'une belle machine à perdre. Ce projet va à rebours de toutes les tendances observées dans les autres social-démocraties. Partout, on cherche avant tout à réformer l'Etat, à le rendre plus efficace dans ses missions de base ; dans le même temps, on fluidifie le marché du travail ; on adapte les systèmes de retraite (simplement pour tenir compte du vieillissement de la population) ; on cherche à compenser les effets de la mondialisation en créant les outils de l'innovation industrielle et économique. Rien de tout cela dans le projet socialiste. Il y est question de renforcement des services publics, de la généralisation des 35 heures, du contrôle de l'Etat sur les entreprises (avec, par exemple, la création d'une agence nationale de réindustrialisation pour éviter les délocalisations – comment n'y avait-on pas pensé plus tôt !). A lui seul, le volet « énergie » de cet opus est une bouffonnerie. Si la France a montré qu'elle savait réussir des privatisations (Air France, France Télécom), les socialistes préconisent la renationalisation d'EDF. Leur proposition : que l'entreprise dépense des dizaines de milliards d'euros pour racheter ses propres actions. Alors que l'électricien est confronté à l'ouverture des marchés, donc à une concurrence accrue, le gouvernement socialiste détourneraient des sommes considérables qui seraient bien mieux employées dans des investissements stratégiques essentiels pour défendre sa position. La politique énergétique n'échappe d'ailleurs pas à l'hymne démagogique puisqu'il est question de taxer les « superprofits » des pétroliers alors qu'il aurait sans doute été plus judicieux de les forcer à investir dans des énergies de substitution, d'autant que le PS fixe des objectifs ambitieux en la matière.

A ce délire archaïque s'ajoute l'incohérence économique. Car pour financer tout ce catalogue (50 milliards d'euros au bas mot), le PS compte sur un surcroît de croissance « par l'investissement et le pouvoir d'achat », laquelle, tout comme le bonheur, se décrète.

Frédéric Filloux, directeur de la rédaction http://filloux.blog.20minutes.fr